France: des restaurants en pleine tourmente !

En l’espace de quatre ans, 17.000 restaurants ont fermé leurs portes. Si la baisse de fréquentation s’est encore accentuée depuis les attentats qui ont frappé la France, la menace terroriste n’explique pas tout. AirBnB a également une grosse part de responsabilité… les restaurateurs et les industriels de l’agroalimentaire aussi.

C’est une véritable hémorragie à laquelle est confronté le secteur de la restauration. Alors qu’il y avait 90.000 établissements recensés en 2012, quatre ans plus tard, on n’en compte plus que 73.000 ! Comment en est on arrivé à pareille hécatombe ? Certes, touristes et locaux désertent les restaurants et les attentats qui ont frappé la France n’y sont pas pour rien.

« Déjà début 2015, après Charlie Hebdo, ça a commencé. Puis novembre est arrivé et là c’est devenu catastrophique. 10 à 15% de baisse chaque mois due à l’absence de touristes », témoigne à l’AFP un restaurateur parisien qui a été contraint de se séparer d’une dizaine d’employés entre septembre 2014 et septembre 2016. 

AirBnB a changé la donne

La menace terroriste n’est pas la seule explication, car le phénomène touche également la province… Désertification des campagnes, crise économique et baisse du pouvoir d’achat peuvent également expliquer cette désaffection des clients…

Mais pas que, car, en quatre ans, 7563655820_f81df08229_bles habitudes de consommation ont également changé…

Selon Didier Chenet, Président du Syndicat National des Hôteliers Restaurateurs Cafetiers Traiteurs (SYNHORCAT) interviewé sur la radio Europe 1, il y a deux raisons plus structurelles que conjoncturelles.

« Le mode de consommation n’est plus le même qu’avant. Aujourd’hui, on mange en 31 minutes pour un montant de 10,52 € par personne. Ensuite, il y a l’irruption des meublés touristiques style AirBnB qui mettent à disposition des logements équipés de cuisine… Les grands gagnants, dans ce nouveau mode de consommation touristique, ce ne sont pas forcément les épiceries de quartier, mais les boulangers et les supérettes », explique-t-il…

Des restaurateurs qui ne font que réchauffer les plats

Outre le fait que les touristes louent des appartements ils peuvent cuisiner, ils se font également livrer des repas à domicile. « Il suffit de voir le succès des sociétés comme Foodora, Deliveroo ou Frichti pour s’en convaincre » remarque Didier Chenet. Les restaurateurs ont un nom pour cette nouvelle mode : le « rentrisme », les gens sortent beaucoup moins.

Mais le visage de la restauration a également évolué. « Il y a quelques années, on comptait deux restaurants traditionnels pour un fast food… Aujourd’hui, c’est du 50/50 », analyse le président du SYNHORCAT. Lucide, il reconnaît que la faute de pexels-photo-70497cette désaffection vient aussi des restaurateurs eux-mêmes qui, bien souvent, se contentent seulement de réchauffer les plats préparés par l’industrie agroalimentaire…

« Les restaurants qui pratiquent une vraie cuisine, eux, sont complets », remarque-t-il… A notre avis, il ne faut pas non plus oublier les prix prohibitifs pratiqués par certains restaurateurs, notamment à Paris. Payer plusieurs dizaines d’euros pour une salade en terrasse, c’est se foutre de la gueule du client… qu’on ne reverra plus. La preuve !

Lobbying intensif des industriels de l’agroalimentaire

Pour Didier Chenet, il faut valoriser ces « vrais » cuisiniers avec des labels facilement reconnaissables pour les identifier. Problème, « nous devons faire face à un lobbying intensif des industriels de l’agroalimentaire qui freinent des quatre fers leur instauration afin de continuer à alimenter les restaurants avec leurs produits »…

Et pourtant, si la profession veut arrêter l’hémorragie et faire revenir des clients dans les restaurants, c’est la solution. C’est aussi le seul moyen pour que les « repas gastronomiques français », inscrits le 16 novembre 2010 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, continuent à l’être !

 

 

 

 

Print Friendly, PDF & Email

Commentaires

commentaires

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY