Et si la vraie conséquence des grèves est d’inciter les entreprises à utiliser plus le télétravail?

C’est un des paradoxes que l’Histoire adore nous confectionner. En effet, lorsque les historiens se pencheront sur les conséquences des grèves massives en France, ils découvriront sans doute que le télétravail a pris son essor à la suite de la trop longue paralysie de la France.

Les employeurs français, aidés en cela par les médias, ont redécouvert qu’ils avaient à leur disposition des outils technologiques merveilleux permettant à leurs employés de rester chez eux mais tout en travaillant pour l’entreprise. En Belgique, les problèmes de mobilité, en particulier à Bruxelles et à Anvers, ont eu la même résonance auprès des entreprises : pourquoi ne pas faire davantage appel au télétravail et pas seulement les jours de grèves?

Après tout, si au XXème siècle, nous avons pu constater l’essor du salariat masculin, puis du salariat féminin, est-il saugrenu d’imaginer que demain, la solution aux embouteillages et à au réchauffement climatique sera d’avoir plus de salariés… autonomes?

Pourtant, en dépit de l’évidence de ce phénomène, les entreprises, les employés et les syndicats restent encore en partie prisonniers des anciens schémas de travail. La preuve? En Belgique, 17% des employés pratiquent le télétravail alors qu’ils pourraient être 42% à le faire. Les raisons de cette timidité?

Du côté des employés, c’est la peur de perdre le contact avec leurs collègues, la peur de l’isolement et souvent aussi la peur du syndrome « loin des yeux, loin du coeur », autrement dit, d’être trop loin de la direction et donc c’est la frousse de rater d’éventuelles augmentations et autres bonus.

 Les employeurs, surtout les PME et les TPE, sont aussi parfois réticents au télétravail. Les deux raisons principales sont d’abord le manque de confiance : « Qui nous dit que le travailleur ne va pas être connecté sur You Tube au lieu de bosser ? » pourrait être la question non dite mais qui trotte dans la tête des patrons. Et puis l’autre difficulté émane parfois des cadres, du « middle management » comme on dit dans les grandes entreprises.
Leur peur à ces cadres est de voir leur utilité être remise en cause, surtout s’ils se retrouvent avec des plateaux, des « open space », vides certains jours de la semaine.

Pourtant ce « middle management » a beaucoup à gagner de ce nouveau mode de travail, ne serait-ce que parce qu’il sera synonyme de moins de réunions inutiles. Réunions dont ils sont d’ailleurs les premiers à se plaindre. En revanche, c’est vrai, les cadres devront se réinventer et accepter – comme les études l’indiquent – que le télétravailleur est moins stressé et plus performant.

De toute façon, il n’y aura plus le choix, la génération qui arrive au pouvoir ne veut plus des anciens modes de travail. Les plus jeunes veulent consommer le travail comme ils consomment les biens et les services. En d’autres mots, le mantra dans l’entreprise de demain sera : « je travaille quand je veux, où je veux et avec qui je veux ». La question posée aux entreprises est donc claire : comment faire vivre une culture d’entreprise « en dehors des murs » ? La bonne nouvelle, c’est que les nouvelles technologies rendent ce défi gérable. Très gérable même.

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