Entre intégrisme écologique et réflexion: deux visions du monde.

Pour son mémoire de fin d’études, une étudiante de l’ICP, Célia Gielen, a posé les mêmes questions à deux personnes, l’une étant un représentant officiel de Greenpeace (GP), et l’autre votre serviteur, (MD) ancien DMC et consultant en tourisme. Les réponses sont éloquentes quant à la façon de percevoir le monde du tourisme.

Question : Pensez-vous que le tourisme est néfaste pour notre planète ?

Réponse de GP : C’est néfaste parce que la plupart des déplacements se passe par moyen de transport utilisant des moteurs à combustion. Plus d’un quart des émissions de gaz à effet de serre dans l’UE proviennent des transports, sans compter la production de l’essence et du diesel utilisés pour alimenter la plupart des voitures européennes.

Réponse de MD : Le tourisme de masse est néfaste pour l’environnement : déchets, consommation d’eau, attitudes dominatrices, etc. Mais il est aussi une source très importante de revenus pour la population locale. Le tourisme de découverte devrait être respectueux mais ne l’est pas toujours : il suffit de voir l’Himalaya, par exemple. Mais les mentalités évoluent. C’est toujours une question d’éducation.

Commentaire : GP fait avant tout le procès du transport, sans aucune proportionnalité entre transport de touristes et transport de marchandises et biens de consommation. Drôle : on parle des voitures européennes, les seules qui polluent, apparemment. Le reste du monde ne compte pas.

Question : Comment définiriez-vous le voyage écologique ?

Réponse de GP : Se déplacer à pied ou à bicyclette, prendre le train au lieu d’un avion, éviter des déchets et la consommation d’énergie le plus possible.

Réponse de MD : Un voyage qui est le moins possible néfaste pour l’environnement et les populations qui y vivent. Il n’y a pas de voyages totalement écologiques, mais il est évident qu’un trip en vélo ou à cheval est moins dommageable qu’un raid en quad ou une navigation en hors-bord. Et rester chez soi sans bouger est encore moins dommageable. Mais cela n’aide pas à la connaissance des autres, et donc au respect et à la paix.

Commentaire : la réponse de GP condamne donc sans appel tout déplacement vers un autre continent, et tout est ramené à l’énergie -sous-entendu fossile, probablement. On tape toujours sur le même clou, sans mentionner d’énormes progrès réalisés pour produire d’autres sources d’énergie. Et LA cible, c’est l’avion, encore plus que la voiture individuelle, parce que tous deux sont des symboles d’une certaine richesse -ce qui est faux.

Question : Selon vous, comment pouvons-nous rendre un voyage plus écologique ?

Réponse de GP : voir supra. (sic)

Réponse de MD : Outre le fait de choisir le vélo, la marche ou le cheval, il faudrait faire attention à tout ce qu’on fait, ce qu’on utilise, ce que l’on consomme, ce que l’on jette. Et aussi en s’intéressant aux personnes, à leur vie, leur culture, leurs valeurs.

Question : Comment convaincriez-vous des clients de choisir le tourisme « vert » en dépit du tourisme de masse ?

Réponse de GP : La qualité de ce tourisme plus lent : dans le train on peut mieux observer le paysage, à pied et à bicyclette on est vraiment dans le paysage.

Réponse de MD : En leur montrant les horreurs du tourisme de masse jusqu’à les dégoûter, et inversement en leur montrant les plaisirs de la découverte respectueuse, de la richesse des contacts humains.

Commentaire : Nous n’arriverons sans doute jamais à dégoûter les gens du tourisme de masse, parce que c’est le seul qu’ils peuvent se payer. Mais nous sommes adepte du slow-tourisme, c’est évident. Vivement le train et la piste cyclable sous l’Atlantique donc, et en corollaire, l’allongement substantiel du temps de vacances…

Question : L’All-inclusive peut-il rimer avec écotourisme ?

Réponse de GP : C’est possible en évitant les déchets le plus possible.

Réponse de MD : Je n’y crois absolument pas. Le all-in, c’est le plus souvent acheter un bout de plage et du soleil garanti, et y importer sa nourriture, sa boisson, ses habitudes d’occidental « riche », en laissant aux autochtones le soin de nettoyer les déchets, dans un rôle de serviteurs, sans même faire vivre le commerce local, sans goûter la cuisine, et ne connaître de la culture locale que le folklore artificiel programmé et arrangé pour les touristes. Mais comme je n’ai jamais été dans un all-in par conviction personnelle, je me trompe peut-être…

Commentaire : entre le manque total de réflexion de l’un et le manque d’expérience de l’autre…

Question : Quel comportement faut-il adopter lors de nos déplacements, afin de préserver notre planète ?

Réponse de GP : Pour les critères des collaborateurs de Greenpeace aucun vol n’est autorisé si la destination peut être atteinte dans les 24 heures avec un autre moyen de transport moins polluant.

Réponse de MD : Trois attitudes : 1) du respect, 2) du respect, et 3) du respect.

Question : Comment pouvons-nous compenser notre empreinte carbone ?

Réponse de GP : Consultez un calculateur de carbone et notez combien vous voyagez, comment vous le faites et quelles émissions vous avez réalisées.

Réponse de MD : Compenser avec de l’argent est un leurre parce que ça n’enlève pas la nuisance. C’est acheter un permis de polluer. Mais il faut en tout cas replacer l’empreinte carbone à sa juste place. L’aviation est responsable de 3% des émissions nocives. Les 300 navires de croisières (dont les derniers proches du zéro pollution) ne représentent rien en comparaison des 120 millions d’autres bateaux et embarcations de toutes tailles sur toutes les mers du monde. Et produire des moteurs électriques, c’est exporter notre pollution dans des pays tiers pour produire les batteries : c’est le comble de l’hypocrisie. On ne compense pas une empreinte carbone. Ou on la supprime, et la vie devient impossible, ou on l’accepte, en étant conscient qu’une éruption volcanique en produit des millions de fois plus que l’activité humaine. Le seul remède, c’est de planter des millions d’arbres feuillus, et de protéger les forêts.

Commentaire : entre les deux, on pourrait se demander lequel est le plus soucieux de l’environnement…

Question : Est-ce que le Covid-19 changera les habitudes de voyage ? Si oui, expliquez. (Tourisme de masse, période de voyage, destination,…)

Réponse de GP : Nos gouvernements investissent actuellement des milliards d’euros à cause de cette crise -c’est notre argent fiscal- dans les constructeurs automobiles et les compagnies aériennes qui veulent nous tenir enfermés dans une technologie obsolète et polluante. C’est un moment charnière pour prendre la prochaine sortie et se libérer de l’emprise des industries automobile, aérienne et pétrolière sur la façon dont nous déplaçons. Nous pensons qu’il est possible de construire un moyen de se déplacer et de déplacer les marchandises qui soit plus respectueux de l’environnement et plus équitable.

Réponse de MD : J’en doute. Dès que la situation sera redevenue « comme avant », les gens reprendront leurs mauvaises habitudes, parce que le touriste cherche avant tout du soleil bon marché. C’est le prix bas qui est la cause du tourisme de masse. Mais relever les prix, c’est rendre le tourisme élitiste, comme il l’était dans les années 50-60. On revient au seul remède, efficace mais à long terme : l’éducation.

Commentaire : la réponse de GP passe totalement sous silence les efforts faits par ces deux industries pour trouver des solutions non- ou moins polluantes.

Dernière question : Pensez-vous que les changements climatiques modifieront dans un futur plus ou moins proche le choix de destinations de vacances ?

Réponse de GP : Espérons que les touristes optent pour des destinations moins éloignées.

Réponse de MD : Oui. Si le climat devient agréablement chaud dans les pays émetteurs, les gens auront moins tendance à chercher du soleil ailleurs. (Mais il provoquera aussi des catastrophes : ne le voyons pas trop beau…) Il reste que l’envie de voir autre chose, de découvrir, est dans l’ADN de l’homme. Et par l’éducation, on peut faire découvrir autre chose que la plage et le soleil !

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