C’est l’effet pervers, si l’on ose dire, de la redistribution des cartes du tourisme en Méditerranée : les professionnels vont devoir s’habituer à voir d’autres têtes, s’accoutumer à d’autres comportements, bref, se confronter à d’autres « cultures ».

Car les Russes, les Arabes, les Iraniens et, bientôt, les Chinois, sont en train de remplacer les Européens dans les destinations jusqu’ici majoritairement prisées par les Français, Allemands, Britanniques et Italiens.

Ainsi, en Tunisie, ce sont les Russes qui ont sauvé le tourisme l’an dernier avec près d’un demi-million d’entrées. Cette année, ce sont les maghrébins qui y sont venus les plus nombreux, mais on a noté pour la première fois près de 12.000 ressortissants chinois.

En Turquie, si le secteur du tourisme connait un petit regain d’activité avec près de 17,3 millions de voyageurs enregistrés durant les sept premiers mois de l’année, Arabes, Iraniens et Russes remplacent aujourd’hui les touristes européens, dont le nombre continue de décliner.

Le seul cas d’Antalya, une ville balnéaire située dans le sud du pays, est révélateur : selon le quotidien Hürriyet, le nombre de voyageurs allemands par exemple y a diminué d’environ 236.000 sur les huit premiers mois de l’année par rapport à 2016.

Un lourd tribut payé au terrorisme

Comme en Tunisie, les profits du tourisme ont chuté, de 30% en 2016, une baisse largement imputable aux attaques terroristes qui ont visé à quatre reprises des lieux très fréquentés par les étrangers à Istanbul : la Mosquée bleue le 12 janvier, l’avenue Istiqlal le 19 mars, les environs du Grand Bazar le 7 juin et l’aéroport Atatürk le 28 juin. Auxquelles il faut ajouter celles du 11 décembre au stade Besiktas et du 1er janvier de cette année au club le Reina, haut lieu de la vie nocturne stambouliote.

Le coup d’Etat manqué du 15 juillet et ses conséquences sur le climat sécuritaire en Turquie ne sont peut-être pas non plus étrangers à la désaffection des touristes, européens en tous cas.

L’offre doit s’adapter

Quoi qu’il en soit, cette désaffection est en partie compensée par l’augmentation des touristes venus d’Arabie Saoudite, des Émirats arabes unis et d’Iran, mais aussi des Russes, aujourd’hui de retour après le gel des relations entre les deux pays, à la suite de la destruction en 2015 par l’armée turque d’un avion militaire russe à la frontière syrienne. Pour 2018, le gouvernement turc mise aussi sur la venue de nombreux touristes chinois.

Ces changements dans la demande entraînent une modification de l’offre destinée aux touristes, obligeant les commerces à s’adapter davantage à une nouvelle clientèle, arabe ou russe, qui a d’autres exigences que celles auxquelles les prestataires de services sont accoutumés. Il s’agit là d’un nouveau défi pour les pays récepteurs, qu’ils doivent d’autant plus rapidement relever que l’industrie du tourisme est un secteur essentiel de l’économie. En Turquie, il représente près de 5% du PIB.

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