« En matière de salaires, les dieux du stade sont intouchables »

Je ne suis pas un spécialiste du football et à vrai dire je ne regarde jamais un match de football, mais ce que je constate c’est qu’en matière de salaires, il y a les sportifs et puis toutes les autres professions. Les hommes politiques, n’en parlons même pas.

En Belgique, en ce moment, c’est le grand déballage, sous prétexte de quelques dérapages qui doivent évidemment être sanctionnés, la pression des médias et du public font qu’aujourd’hui, et surtout demain, exercer une fonction publique importante relèvera du sacerdoce.

Mais le public ne s’en émeut pas et trouve encore que ces « politiciens sont encore trop payés » pour ce qu’ils font ! Quant aux patrons n’en parlons pas non plus, leurs salaires sont déballés chaque semaine dans les journaux, mais sans recul ou explication et au risque de choquer là aussi une partie de la population qui a des difficultés à joindre les deux bouts.

En revanche, les salaires des grands sportifs ne posent aucun problème pour personne visiblement. La réponse classique à ce genre de paradoxe, c’est : « oui, mais les sportifs font rêver, ce qui n’est pas le cas des patrons ! »

Cependant, déjà là aussi, il faut replacer les choses dans leur contexte. Les supporters les plus assidus défendent leurs joueurs de foot par exemple sous prétexte qu’ils leur apportent du rêve, mais ils oublient que le patron leur apporte un salaire et que c’est ce même salaire qui leur permet d’aller s’amuser au stade.

C’est vrai, c’est un constat terrible, un patron ne fait pas rêver en Europe contrairement aux Etats-Unis. Les défenseurs les plus fins des sportifs et notamment des joueurs de football ne restent pas là et précisent que c’est normal que des Cristiano Ronaldo gagnent beaucoup d’argent, car il y un marché mondial pour les stars de football.

Sur cet aspect, ils ont raison, les grands patrons qui gagnent des millions d’euros par an, tentent souvent de justifier leurs salaires fixes et variables par le fait qu’ils sont très demandés et qu’eux aussi peuvent justifier leur salaire en raison d’un marché mondial des grands patrons.

« Les dieux du stade ont un statut d’intouchables, un paradoxe de plus de notre vie moderne »

En réalité, c’est faux, il n’y a pas de marché mondial des grands patrons, c’est une légende. A l’exception de quelques cas bien connus, on constate, que les patrons allemands exercent en Allemagne, et que les patrons américains exercent aux Etats-Unis, et ainsi de suite,….

Mais là où je ne suis plus d’accord dans l’argumentaire, c’est quand des sportifs aussi connus que Cristiano Ronaldo font la une d’un journal financier comme le Financial Times non pas pour leurs exploits sportifs, mais pour leurs montages fiscaux via les îles Vierges et autres paradis fiscaux.

Là, personne ne bronche, personne ne s’en émeut. Cristiano Ronaldo a d’ailleurs été convoqué hier par la justice espagnole en vue d’une mise en examen pour fraude fiscale (montant estimé de 14.7 millions d’euros), une affaire qui trouble son image et son avenir au Real Madrid.

La presse espagnole assure qu’il envisage d’ailleurs de quitter ce club, agacé d’être traité comme un « délinquant » en Espagne. Mais attendez, ce n’est pas fini : signe de l’ampleur prise par l’affaire en Espagne, le ministre du Budget Cristobal Montoro a appelé les médias à respecter sa présomption d’innocence. Il a aussi exhorté les sportifs à être « exemplaires ». Manière polie de dire: « ce n’est pas bien, ce que tu as fait mon garçon, mais bon, on t’aime bien quand même. »

Oserait-on imaginer un discours aussi soft envers un homme politique ou un dirigeant d’entreprise qui serait soupçonné d’avoir fraudé le fisc de 14 millions d’euros alors qu’il gagne déjà très très bien sa vie ? Hélas, non, les dieux du stade ont un statut d’intouchable, c’est un paradoxe de plus de notre vie moderne.

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