Ego-tourisme … j’y étais !

Longtemps, de retour au pays, content de nos vacances à l’étranger que l’on trouvait insolites, pleines de surprises et surtout peuplées d’anecdotes que l’on ne voyait pas l’heure de raconter aux amis, on avait comme réponse : ” la Thaïlande ? J’y étais ! » « New York ? mais je l’ai fait plusieurs fois ! les Maldives? bien sûr j’y étais!”

oh ! Les réseaux sociaux !

A l’heure des tout puissants réseaux sociaux, où plus que jamais une image vaut plus que mille mots, plus besoin d’attendre, comme avant, la déconfiture devant les éternels « avertis » du voyage pour se sentir plus petit qu’un pois au fond du lit.

De nos jours, il suffit de se connecter sur Facebook pour trouver la selfie de Léa, sourire éclatant, devant le Taj Mahal avec le commentaire « vous êtes jaloux, les copains ? ».

Julien fait son coup sur Whatsapp: bronzage intégral sur son transat aux Maldives. Pour ne pas parler de la gallérie de portraits d’Audrey sur Instagram, lèche-vitrines sur via Montenapoleone à Milan, prenant la pose avec ses sacs shopping devant chacune des devantures des boutiques ultra-luxe de la fameuse rue.

Envieux ou pas ?

Le phénomène de l’euphorie et de la désinhibition liée au temps libre, qui atteint son pic hebdomadaire le week-end et son pic annuel lors des rituels de vacances dans les endroits à la mode ou dans les usines méga-touristiques, assume désormais des nouvelles formes d’exhibitionnisme.

Bien sûr, on peut utiliser des catégories morales pour les juger et, inévitablement, s’en horrifier (tu ne seras pas un peu envieux, par hasard ?).

Des limites sur ce qu’on partage ?

Perso, je n’ai rien contre le fait de partager du bonheur avec les gens qu’on aime ou qu’on apprécie. Je mets, par contre, des limites sur ce que je partage et avec qui.

La problématique des réseaux sociaux associés aux images de vacances se trouve dans le fait que, plus qu’un moyen de partage, il se sont transformés en fenêtres d’une certaine « mise en scène » de la vie privée en déplacement.

Il suffit qu’un ou une influencer se montre sur tel ou tel lieu, ou lance un « challenge » (le plus farfelu, le mieux) pour qu’une foule de followers (moutons de Panurge, en ancien français) veule l’imiter. Ainsi, on a vu des lieux naturels préservés et hors des sentiers battus subitement envahis des fans venus fouler l’endroit pour accomplir le même « exploit » que leurs idoles.

Parfois, la réalité a dépassé mes désirs

Perso, je ne crois pas que voyager soit accomplir un exploit. Je suis de ceux qui pensent que le choix d’une destination de vacances doit être mûrement réfléchi. Plus je développe mon plan de voyage, plus je me donne les moyens pour le réaliser dans les meilleures conditions.

Et plus je me délecte par avance en imaginant mon futur bonheur quand je me trouverais sur place. Parfois, la réalité a dépassé mes désirs et mes connaissances préalables (les pyramides au Caire, Las Vegas, Machu Picchu…). Parfois, j’ai été déçu. C’est le jeu.

Nostalgie ?

Perso, je me considère un privilégié pour avoir eu la chance de faire des métiers qui m’ont permis de voyager souvent et beaucoup. « J’ai fait » Bali en août 2005. Et je n’ai pas aimé. Je ne m’attarderai pas ici sur les raisons de mon mécontentement de l’époque.

Aujourd’hui, quinze ans plus tard, il m’arrive de regarder une émission à la télé où l’on parle de l’île et de sentir une certaine nostalgie. Il m’envahit soudain un doute sur mon jugement : dans quel état d’âme étais-je pour boycotter mes propres vacances ? Étais-je influencé par d’autres voyageurs « confirmés » qui avaient adoré la destination ?

Notre corps et notre esprit sont soumis à de nombreux changements

En fait, une destination touristique est comme ce roman que l’on vous conseille chaudement : ce qui nous enthousiasme c’est la promesse de l’exceptionnel. Dans la réalité, cela se passe autrement, car pour partir à la recherche d’émotions fortes et pour vivre l’aventure de manière exceptionnelle il faut aussi une disponibilité à la hauteur.

Notre corps et notre esprit sont soumis à des changements au quotidien et nous ne sommes pas toujours à même d’accepter des telles décharges d’adrénaline. Évidemment, je suis aussi un peu extrême ; heureusement, il y a encore de la place pour la modération dans le temps libre et le divertissement.

Ou pas ?

C.A.T.

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