DMC : un métier qui naît ou qui disparaît ?

Un article paru dans Special Events du 19/7 titrait : « 12th Annual Special Events Magazine 25 Top DMCs ». De quoi attirer notre attention, évidemment. C’est bien la première fois qu’on voit un classement des DMC, même Travel Magazine n’y avait pas pensé.

Mélange des genres

Evidemment, ce qui frappe de prime abord, c’est le mélange des genres : des agences réceptives côtoient de véritables DMC, pas de différence entre groupements, agents de représentation ou agences indépendantes, pas de différence entre DMC et AMC…

Pour que ce soit clair

Rappelons brièvement que certaines bonnes agences ont un département « incoming » dans lequel elles gèrent les quelques demandes de type réceptif qu’elles reçoivent, alors que les DMC ne font que la réception dans leurs destination(s), ils sont donc proactifs sur les grands marchés, ce qui les conduit le plus souvent à faire partie d’un réseau afin de réaliser des économies d’échelle en terme de marketing, surtout.

Et rajoutons qu’ils se consacrent plus au MICE qu’au tourisme, bien entendu. Quant aux AMC, elles s’occupent comme l’anagramme le laisse entendre de gérer les réunions (et les déplacements, et le secrétariat…) des associations.

Découverte de l’Amérique

Ce qui a attiré notre attention, c’est un phénomène relativement nouveau : la plupart des DMC cités sont américains ! Or, les professionnels le savent, il y a 15 ans d’ici, il était extrêmement difficile de trouver un DMC américain. La réception aux USA n’était pas vraiment organisée, le TO ou l’agence étrangère devaient eux-mêmes constituer un « package » en contactant les transporteurs (type Greylines), les hôtels, etc.

C’était du réceptif à la petite semaine ; mais des pans entiers du métier n’étaient pas couverts : la restauration, les salles de réunion, les guides et interprètes, les « special venues » pour ne citer que ceux-là. Du coup, plusieurs Européens sont partis là-bas ouvrir leur propre agence et montrer aux Américains tous les avantages que propose ce métier.

Revenons au classement

Il intègre comme il a été dit les grands réseaux que sont Ovation, euromic et même Kuoni (puisque la société suisse ne fait plus que le DMC), et d’autres encore. Le réseau WATA a été oublié, qui reste pourtant le plus ancien (1949), devant euromic (1974).

C’est curieux comme les choses changent.

En Belgique, le métier à quasiment disparu, alors qu’aux Etats-Unis, il naît. Même chose au Japon. Et comme on dit que les Américains ont toujours 10 ans d’avance sur nous, on peut espérer un nouvel avenir pour les courageux qui restent en Belgique. C’est donc que l’utilité du métier est reconnue ; alors pourquoi pas chez nous ?

À Bruxelles, c’est sous le management d’Hervé Bosquet à Visit Brussels que les choses se sont dégradées. Bosquet venait du métier de PCO, et n’a jamais intégré les spécificités des DMC, qu’il aurait voulu voir agir comme les PCO, c’est-à-dire s’adresser directement au client final (le « corporate ») plutôt qu’aux grands réseaux d’agences d’affaires type Amex, BCD, CWT, etc.

Apporter de la valeur ajoutée

En réalité, son idée était économiquement acceptable : il s’agissait à la fin de supprimer un intermédiaire. Le problème, c’est qu’un office de tourisme et congrès, aussi bon soit-il, est totalement incapable d’apporter la valeur ajoutée d’un DMC.

Sans doute par défaut d’un back-ground dans la profession, et par obligation de neutralité du conseil. En plus de cela, vu le morcellement des offices de promotion en Belgique, chacun ne s’occupe que de son petit terrain d’opérations, alors que le DMC offre ses services sur tout le pays, voire même sur plusieurs pays, en fonction de la demande du client.

Le conseil ne s’accommode pas de la neutralité

Il est évident que malgré sa bonne volonté, un office de promotion est limité par son obligation de  neutralité. Vu qu’il est financé par la communauté, il ne peut pas, éthiquement, ne fut-ce que suggérer tel hôtel, tel restaurant, tel événement… Alors on arrive à des dérives incroyables.

Il suffit d’ouvrir le site de Visit Brussels pour s’en rendre comte : la première page d’hôtels affiche des enseignes dont nous n’avons jamais entendu parler ! Les pages des restaurants offrent plus de tables « exotiques » que belges, alors que nous sommes quand même là pour offrir ce que notre destination possède comme meilleurs atouts.

Promouvoir ou vendre, deux choses bien différentes

Dans ce site, plus trace d’une liste de DMC opérant sur la destination. La fameuse coopération public-privé que nous avons prôné pendant des années a disparu. Ne nous étonnons pas, dès lors, que la destination en prenne un fameux coup. Évidemment, il y a bien d’autres raisons conjoncturelles à ce désamour ; mais il faudrait peut-être que les raisons structurelles soient identifiées, et qu’on y remédie.

Qu’on ne se gargarise plus de chiffres en provenance de l’UIA, qui placent Bruxelles avant Paris, Londres ou New York. Qu’on ne s’étonne plus non plus des critiques parfois terribles émises par des clients quant à l’hôtellerie et la restauration : ces pauvres clients ont été aux adresses « recommandées » par un organisme dont ce ne devrait pas être le métier.

Pour conclure

Assurons nos lecteurs que cette prise de position n’est en rien dictée par un esprit passéiste, par des regrets ou de l’amertume. L’auteur a fait son temps et, à tort ou à raison, pense l’avoir bien fait. Il s’agit d’un constat objectif, non politique, et qui ne remet pas en cause certains aspects du travail des organismes de promotion, parfois excellents.

Mais comme il faut rendre à César ce qui appartient à César, il faudrait rendre au secteur privé ce qu’il sait faire infiniment  mieux qu’un service public, en tout cas dans ce domaine bien spécifique des « industries de l’hospitalité ».

 

 

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