Deutsche Bank dans la tourmente: un Lehman Brothers à l’européenne?

S’il y a bien une entreprise qui a fait la UNE des médias la semaine dernière, c’est bien la Deutsche Bank. Son action a coulé comme une pierre la semaine dernière pour tourner autour des 10 euros, un niveau historiquement bas.

En revanche, ce qui est nouveau, c’est l’attaque de la justice américaine qui exige 14 milliards de dollars sous forme d’amende pour le rôle joué par la Deutsche Bank dans la commercialisation de certains produits financiers toxiques durant la crise des subprimes de 2008.

Bien entendu, l’amende de 14 milliards est un chiffre excessif. Il est fortement possible qu’à l’arrivée, après négociation, le vrai montant ne sera que de quelques milliards de dollars.

En attendant, c’était un peu l’amende de trop, car il faut savoir que la Deutsche Bank fait déjà face à plus de 8000 litiges qui vont de la manipulation des taux d’intérêt jusqu’à des accusations de blanchiment d’argent en Russie !

Tous ces litiges, toutes ces amendes, pèsent sur la rentabilité de cette banque, qui elle-même souffre déjà – comme toutes les autres banques – de la faiblesse des taux d’intérêt qui rend son business très difficile. Suite à tout cela, des rumeurs ont donc saisi le marché, les uns ont voulu voir via la chute du cours de l’action Deutsche Bank, un remake européen de la déconfiture de la banque Lehman Brothers.

« On voit mal le gouvernement allemand laisser tomber la première banque du pays. »

Les autres, notamment des fonds spéculatifs, ont sans doute relayé avec complaisances certaines rumeurs, car ils spéculaient à la baisse sur l’action Deutsche Bank. Au final, ce qu’il faut retenir de cette triste histoire, c’est qu’une banque comme la Deutsche Bank est tellement grande – les spécialistes disent qu’elle est systémique – qu’elle ne peut pas tomber en faillite.

Même si Angela Merkel a déjà précisé que la Deutsche Bank devait se débrouiller toute seule pour trouver une solution à ses déboires financiers, il est clair qu’on voit mal le gouvernement allemand laisser tomber la première banque du pays. C’est impensable et trop dangereux.

L’autre leçon à tirer de cette triste affaire, c’est que passé un certain seuil, une certaine taille, une entreprise devient impossible à gérer. Aujourd’hui, ni les contrôleurs, ni même les dirigeants ne peuvent mesurer exactement l’ensemble des risques liés aux produits financiers toxiques qui sont dans le bilan ou hors bilan de la Deutsche Bank.

Vous me direz que le problème de taille n’est pas propre aux banques, une firme comme Volkswagen a sans doute aussi souffert de son gigantisme, et donc de sa mauvaise gestion, avec le scandale au diesel.

Sans doute, mais la différence, c’est qu’une entreprise industrielle, lorsqu’elle fait faillite, ne met en danger que ses actionnaires, ses salariés et ses fournisseurs. Pour une banque, c’est pire hélas, de par son effet contagion, tous les contribuables risquent au final de passer à la caisse. Et ça, on croyait et on espérait que c’était terminé depuis 2008. L’histoire adore repasser les mêmes plats même lorsqu’ils ont un goût amer.

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