Découverte – Destination (22): Seborga 

On y parle italien, c’est en Italie sans pour autant être l’Italie: Seborga s’est déclarée Principauté indépendante après un référendum d’avril 1995. Combien de votants sur un total de 312 habitants ? Deux cents, peut-être.

Celui qui initia ce référendum s’appelle Giorgio Carbone. Il est producteur de mimosa, puisque son village est situé sur les hauteurs de Vintimille, sur la Riviera. Mais Signor Carbone est aussi un passionné d’histoire, et il a passé des centaines d’heures dans les archives de l’Etat et celles des l’Église.

C’est ainsi qu’il a découvert qu’en 1079, Seborga était une principauté du Saint-Empire romain (de la Nation germanique, comme chacun sait). Mais 600 ans plus tard, l’Empire décide de vendre le Principauté, qui ne touchait plus ses terres, à la Maison de Savoie.

Et voilà que Giorgio découvre que cette vente n’a jamais été enregistrée ! De même au traité de Vienne en 1815, quand il s’agissait de démembrer l’empire de Napoléon et de se partager les morceaux entre grandes puissances européennes, Seborga ne fut jamais mentionnée. Or l’Italie de l’époque n’était qu’une mosaïque de petits Etats indépendants.

Ensuite, lorsque Victor-Emmanuel III, roi de Savoie, abdique en 1946 et que l’Italie devient une République, on ne trouve toujours pas de trace de Seborga. En conséquence, Mr Carbone s’adresse à ses concitoyens pour les informer, en 1995, que leur principauté ne fait pas partie de l’Italie ; il organise un référendum qui confirme et ratifie l’indépendance de Seborga, et il est proclamé Prince, souverain à vie.

Si vous vous êtes rendus un jour à Seborga, ce que je vous recommande encore vivement mais alors hors saison, vous avez peut-être pu assister à une audience princière au bar Bianca Azzura. Le souverain y portait une écharpe bleu ciel, une épée et quelques médailles. Il se déplaçait dans une Mercedes immatriculée 0001, plaque de Seborga.

Hélas Giorgio Carbone est mort en 2009, mais ses sujets, s’ils n’ont pas réélu de Prince souverain, gardent fidèlement sa mémoire.

Seborga vaut assurément une visite, non seulement pour le folklore encore présent, mais surtout parce que le village est vraiment magnifique, fait de ruelles pavées et fleuries. Il y a quelques jolis hôtels et aussi cette hôtellerie propre à l’Italie qui se vend sous l’appellation « Agriturismo ».

On est à un jet de pierre de Menton, de Monaco, de Nice. On est aussi, au bas de la montagne, sur la Riviera : Bordighera et San Remo. L’arrière-pays niçois est sans aucun doute l’une des plus belles et des plus sauvages contrées de France, avec la vallée de la Vésubie, et le Parc du Mercantour, voie d’accès naturelle des loups italiens vers les Alpes françaises.

Et au final vous paierez sans doute bien moins dans la Principauté de Seborga que dans celle de Monaco !

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