Curiosités transfrontalières!

La notion de frontière exerce toujours une sorte de fascination chez les êtres humains. Pour preuve : l’engouement des voyageurs pour découvrir les vestiges de l’ancien mur de Berlin. Plus encore si le point de passage les entre deux pays est l’objet d’un imaginaire dense et vivant véhiculé par le cinéma et la littérature, comme c’est le cas des Etats-Unis et du Mexique.

Les rivalités historiques, les différences économiques et les différends entre deux nations rendent ces endroits mystérieux et, souvent, très dangereux ; pensons à la Corée du Sud et du Nord, à l’Iran et l’Irak, ou encore au cas d’Israël et de la Syrie.

En tant que division ou séparation, les frontières géographiques -souvent arbitraires- sont toujours un sujet de controverse. Et bien que le débat soit sans doute enrichissant, nous souhaitons aborder ici le sujet du point de vue du tourisme, de la découverte historique des villes, des régions ou des espaces transfrontaliers en tant qu’activité culturelle et de loisir.

Dans notre quotidien avant la pandémie du Covid-19, on était tellement habitués à voyager sans entraves à l’intérieur de l’UE qu’il a fallu d’un vilain virus se déplaçant sans carte d’identité ni passeport pour nous rappeler nos confins. Drôle d’ironie du destin.

Pour ce premier volet, nous avons choisi le cas de deux villes aux pieds des Alpes orientales et séparées par la Guerre Froide : l’une italienne, l’autre slovène, qui, jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale, n’étaient qu’une seule, Gorizia, cité de l’Empire d’Autriche-Hongrie.

Ce passé en commun, au carrefour des cultures slaves, germaniques et italiennes dura jusqu’en 1945, quand Gorizia fut réclamée par l’ex-Yougoslavie, qui obtient la partie orientale de la ville en la renommant Nova-Gorica.

En vertu de l’Accord de Paris de 1947, qui délimitait la frontière entre l’Italie et l’ex-Yougoslavie communiste, les quatre cinquièmes de Gorizia furent ainsi attribués à la république yougoslave de Slovénie, tandis qu’une grande partie urbanisée restait l’Italie.

Les deux villes étaient séparées par une clôture qui servait de rideau de fer et, contrairement à Berlin, la partie slovène fut prolongée comme un continuum de la partie italienne en suivant son tracé.

La population d’origine slovène de Gorizia fut donc contrainte de fonder une nouvelle ville séparée par une barrière de fil barbelé de 40 km de long. Pour célébrer le succès de la construction de la nouvelle ville sur territoire yougoslave, le dictateur Tito plaça son nom en grosses lettres de pierre sur une colline à six cents mètres de la frontière, parfaitement visible depuis l’Italie.

Très vite, l’apparition de casinos et de lieux de vie nocturne du côté yougoslave transformèrent Nova Gorica en une sorte de mini Las Vegas adriatique, attirant à la fois le tourisme du reste de la Yougoslavie, ainsi que du côté italien de la frontière.

Un cas classique de villes complémentaires : l’italienne offrait du travail et la slovène des casinos ; Gorizia était la gardienne de l’histoire et des monuments, et à Nova Gorica restaient les prix bas du carburant, la vie nocturne et les émotions fortes dans les rapides de la rivière Isonzo.

Le mur de Berlin est bel et bien tombé en 1989 ; pourtant cette date très symbolique n’a pas marqué pas la fin des villes divisées. Lorsque le Mur est tombé, la collaboration entre les deux villes est devenue officielle. Les mesures de sécurité à la porte ont progressivement disparu, les tours de guet ont été supprimées.

Ce qui pourrait peut-être être considéré comme l’un des derniers murs d’Europe a été démoli en 2004, quinze ans après celui de Berlin, lorsque la Slovénie est entrée dans l’Union européenne, et que ces deux villes ont cessé d’appartenir à deux mondes différents.

Finalement, en décembre 2007 la Slovénie est entrée dans l’espace Schengen et, désormais, les hôpitaux, les transports, l’approvisionnement en eau ou l’assainissement des deux villes sont communs aux deux pays, tout en conservant leur indépendance.

La clôture a été complètement démolie et la coexistence entre les deux peuples continue d’être exemplaire, malgré la différence de lois, de langues et de cultures. Cela aide beaucoup que la plupart des habitants de Nova Gorica parlent l’italien, car le contraire n’est pas le cas…

Pour approfondir le sujet des espaces transfrontaliers, on vous conseille l’excellent site (institutionnel) de la Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) http://www.espaces-transfrontaliers.org

C.A.T.

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