Cuba: Airbnb et l’«économie collaborative» au pays du Che

Photo ©Hervé Ducruet

Le pays n’est pas réputé pour être le plus tolérant en matière de propriété privée. Et pourtant, l’agence de presse latino-américaine « Prensa Latina » rapporte que plus de 550.000 touristes ont eu recours à la plateforme de location de particuliers depuis son implantation sur l’île en avril 2015, faisant ainsi de Cuba le pays qui connaît la plus forte croissance de logements Airbnb… au monde !

Plus fort qu’aux États-Unis

En effet, Airbnb a logé plus de visiteurs à Cuba l’an dernier qu’elle n’avait réussi à en loger aux États-Unis l’année de sa création (en 2009). Environ 22.000 logements Airbnb sont répartis dans 70 villes et localités cubaines.

Toujours selon Prensa Latina, le pays est devenu en 2017 la neuvième destination demandée par les touristes américains sur Airbnb, devançant l’Australie, l’Allemagne et la Thaïlande.

Hotel_nacional_habanaCette dynamique a indéniablement été renforcée suite au rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis, sous l’impulsion du président Obama, à la fin de l’année 2014.

Une pénurie d’hôtels

Le succès d’Airbnb dans ce pays s’explique aussi par la pénurie d’hôtels que connaît le pays, surtout depuis le succès grandissant de la destination. Dans une économie planifiée sur laquelle l’État a la mainmise, il est en effet plus facile pour ses habitants, habitués à se débrouiller « sous les radars » – en témoigne le nombre de restaurants clandestins – d’augmenter spontanément l’offre en utilisant leur logement, plutôt que d’attendre un développement généré par la bureaucratie.

Hotel_Nacional_y_Malecon_de_La_HabanaEn 2015 déjà, le ministère du tourisme souhaitait se préparer au boom du tourisme dans le pays en investissant « massivement » dans l’hôtellerie.

Comme d’habitude, les résultats se font encore attendre. Il faut dire que la fin programmée du modèle cubain continue à limiter les ressources disponibles pour l’État.

Au-delà de l’inefficacité bien connue d’un tel modèle, se pose aussi l’insécurité juridique imposée par le régime, qui n’attire pas les éventuels investisseurs qui auraient pu compenser le manque de moyens de l’État. À l’époque, le pays ne pouvait compter que sur 63.000 chambres du secteur public, et 12.000 autres qui appartiennent à des particuliers détenteurs de la licence adéquate. Largement insuffisant, donc.

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Le socialisme d’État face au marché de la société civile

Si Airbnb pose problème dans l’industrie touristique, le cas cubain reste particulier, et l’essor de la plateforme dans ce pays est aussi représentatif de sa situation. Au-delà de la pénurie, tous les hôtels et complexes hôteliers sont détenus à au moins 51% par l’État cubain (et gérés par l’une des cinq grandes organisations nationales). Nombre d’entre eux souffrent donc au mieux d’une architecture soviétique, au pire de manques sanitaires ou d’autres défauts laissant leur qualité désirer.

Alors que certains professionnels européens comme EurAm ont une expérience de la destination qui permet d’éviter ce genre de désagréments, d’autres pays émetteur – et en particulier le nouveau venu étasunien – savent moins comment y faire face.

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Mais les bienfaits de ce boom touristique sont tels pour le pays que l’État semble revoir quelque peu sa copie sur la propriété privée, préférant fermer les yeux sur l’initiative « réactionnaire petite-bourgeoise » des citoyens qui mettent leur logement à disposition via Airbnb plutôt que de se priver des arrivées de touristes.

Un relâchement de l’orthodoxie socialiste qui, associée à l’ouverture progressive du pays vers l’extérieur, pourrait contribuer à une transition du régime, à l’image de l’effondrement de l’URSS précipitée par la perestroïka et la glasnost mises en place par Gorbatchev.

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