Ce jeudi, c’est la fête à la démocratie

C’est aujourd’hui 15 septembre la « Journée internationale de la démocratie », voulue par l’Organisation des Nations Unies en 2007. Et cette année, la Tunisie célèbre cette Journée pour la première fois…

Chaque institution, chaque association, chaque citoyen intéressé par cette initiative est invité à prendre part aux célébrations en proposant des actions pour fêter la démocratie dans tout le pays. Cela n’a l’air de rien, mais c’est tout un symbole pour un pays qui, voici peu de temps encore, était éloigné de toutes formes de démocratie : omnipotente présidence de la République, dont la famille avait accaparé les principales richesses et s’était adjugée, par exemple, près du tiers du parc immobilier tunisien, élections truquées, absence totale de libertés élémentaires comme la liberté de réunion ou d’association, interdiction de partis politiques et exil de leurs dirigeants, censure de la presse, et on en passe…

Cinq ans après

Cinq ans et sept gouvernements plus tard, la Tunisie s’est dotée d’une Constitution moderne, d’une « Assemblée des Représentants du Peuple » où coexistent toutes les sensibilités, de l’extrême gauche aux islamistes les plus rabiques en passant par des socio-démocrates « à l’occidentale », et qui font de la Tunisie moderne une véritable démocratie, la seule, il faut bien le regretter, dans le monde arabe, et notamment dans sa région, particulièrement vulnérable.

A preuve ? On s’y invective sans honte, lors des sessions parlementaires et, reconnaissons-le, pas grand-chose ne fonctionne dans l’administration, pas plus que sur les routes embouteillées où les Tunisiens se sont précipités cet été. C’est cela aussi, la démocratie : il faut se méfier des régimes où pas un bouton de guêtre ne manque, où tout est simple et bien huilé.

Une fragilité à défendre

Mais la démocratie doit se défendre chaque jour : on le voit bien, hélas ! à l’est de la Méditerranée, mais aussi de l’Europe, et jusqu’en France même, où la tentation totalitaire refait sournoisement surface sous prétexte sécuritaire.

En Tunisie, la démocratie est d’autant plus fragile que le peuple est dépité : 76 % des citoyens estiment que le pays est sur la mauvaise voie, et près de la moitié n’ont pas confiance en la capacité du nouveau chef de gouvernement, le jeune Youssef Chahed, à diriger le pays. Des économistes, des intellectuels, des hommes d’affaires appellent à l’organisation d’un « plan Marshall pour la Tunisie » qui, depuis la Révolution, n’a réussi qu’à s’endetter sans entamer les grands chantiers nécessaires à la redynamisation de l’économie, de l’enseignement et de la santé publique, entre autres.

A sa décharge, le pays reste menacé au sud par un voisin libyen en proie à la guerre civile, désormais tenu à distance par une frontière matérialisée par un large fossé infranchissable par un véhicule. Il l’est aussi, à l’intérieur, par des phalanges djihadistes que les forces de l’ordre, et heureusement, parviennent régulièrement à démanteler et à détruire.

La vie continue…

Et la vie continue. Une Tunisienne vient d’être élue vice-présidente de la Fédération internationale des Droits de l’Homme. Un magistrat sur trois est une femme dans ce pays où elles jouent un plus grand rôle qu’ailleurs. Et la Tunisie a raflé un maximum de médailles aux jeux paralympiques de Rio…

Au-delà des discours de circonstance, souhaitons donc « Bonne fête de la démocratie » aux Tunisiennes et aux Tunisiens, qui en donnent un formidable exemple.

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