Cap sur l’hiver québecois

Steve Gaudreau au volant de sa machine !

Les réseaux sociaux sont capables du meilleur comme du pire, c’est bien connu, et à chacun de les gérer au mieux. Dans le cadre de nos reportages qui nous ont menés d’un horizon à l’autre et nous en ouvriront d’autres l’an prochain, nous l’espérons bien, j’en retiens surtout qu’ils nous permettent de garder des contacts bien au-delà des frontières et des distances, de relancer le film de nos souvenirs partagés et de nous sentir privilégiés d’avoir rencontré les bonnes personnes au bon endroit.

Étrange ballet glacé de ces troncs d’arbre givrés par les grands froids.

Il n’y a pas que de bonnes nouvelles hélas. Vendredi j’ai vu passer sur FB un RIP adressé à Steve Gaudreau, un entrepreneur bien connu en Gaspésie (Québec) et surtout un grand connaisseur de VTT et de motoneiges. Il faisait des essais comme pilote pour le magazine web motoneiges.ca mais il apportait aussi sa précieuse expertise à des journalistes qui découvraient sous sa houlette les joies du ski-doo. Nous lui devons une extraordinaire journée de balade chacun sur une motoneige et je partage nos souvenirs ici avec vous à la mémoire de Steve, notre chaleureux compagnon d’aventure.

La nature se partage entre des forêts bâillonnées par la neige, des marécages saisis par la glace et lisses comme des miroirs et des prairies transformées en vastes champs de neige.

En Gaspésie, ce pays québécois de mer et de montagne dont le nom signifie « bout de la terre » en langue amérindienne, quand vient l’hiver, la neige décore le pays à grands coups de pinceaux blancs, saupoudrant de sucre glace les épinettes et les branches dénudées des bouleaux. Les jours raccourcissent, les nuits prennent de l’ampleur, les repères s’effacent.

La saison froide se déguste au grand air, il faut faire confiance aux Québécois qui ont appris à apprivoiser l’hiver et à développer un art de vivre à la fois rude et chaleureux qui revigore leur belle humeur. Au pays de l’hiver, la raquette et la motoneige sont incontournables.

Noyés de neige, les sapins rabougris ont des allures de fantômes qui dodelinent de la tête à notre passage.

Les aubergistes de l’hiver

Bûcheron de son état, Eric a construit une auberge en bois rond, posée au bord d’un lac serti dans un écrin d’épinettes. Chaque jour, accompagné de son chien, il parcourt son vaste domaine forestier où il a tendu près d’une centaine de ponts suspendus qui sont autant de sentiers aériens offrant des points de vue insolites sur la forêt appalachienne. Il vit en symbiose avec l’hiver qu’il savoure parce qu’il le connaît et il partage volontiers sa passion avec le voyageur qui ne craint pas de l’affronter.

Chausser des raquettes traditionnelles en bois de mélèze et treillis en fines lanières de cuir ou en fibre plastique plus légère, c’est en quelque sorte enfiler la peau d’un coureur de bois et s’offrir une expérience unique dans la neige profonde sans s’y enfoncer jusqu’à la taille. Au fil des enjambées, le froid intense qui, tout à l’heure, serrait son étau disparaît comme par enchantement. On se faufile aisément au cœur du sous-bois.

Souvenir impérissable de ces pommes grillées au-dessus de la flamme chaude d’un feu de bois.

La poudreuse s’envole des branches d’arbres pour rejaillir en poussière d’or blanc. Dans une clairière, Eric a tôt fait de rassembler du bois mort et rapidement, il dresse un feu au milieu du champ de neige. Il sort ensuite deux pommes de sa besace qu’il enfile au bout d’une tige et les fait dorer au-dessus de la flamme ondoyante. Un instant de bonheur intense et délicieux à goûter l’intimité de la forêt, à l’écoute du silence: une branche qui craque, un paquet de neige qui glisse d’un sapin trop chargé, un harfang qui s’envole, le chien qui détale.

Une paire de raquettes plantées dans la neige devant la porte, un rideau de glace devant les fenêtres, une invitation à une balade sous le soleil.

De retour à l’auberge, ravi mais fourbu par la longue marche, chacun quitte ses après-ski qui vont sécher auprès du poêle qui crépite.

On se retrouve autour d’une belle tablée : soupe fumante et saumon préparé au sirop d’érable.

C’est Chantal, l’épouse d’Eric qui officie en cuisine et on se laisse aller aux confidences.

Les soirées d’hiver sont bavardes, l’occasion d’en apprendre davantage sur l’art d’apprivoiser cette longue saison. Il nous annonce une expérience inoubliable pour le lendemain avec son ami Steve Gaudreau.

La raquette permet de se faufiler partout et d’être à l’écoute du silence qui règne dans les sous-bois.

Échappée dans le grand blanc au quart de tour

Le fameux scooter des neiges est une autre expérience. Inventé au Québec en 1942, il fait l’orgueil de l’industrie québécoise et personne n’imagine vivre l’hiver sans ce fabuleux traîneau des temps modernes.

Des milliers de kilomètres de sentiers aménagés attendent les aventuriers qui rêvent d’une grande boucle en pleine nature, jusqu’à des sites inaccessibles en voiture durant l’été.

Steve, ce grand gaillard chaleureux, a pensé à tout pour nous équiper. Chacun enfile une chaude combinaison, des moufles, des bottes et un casque intégral pour partir au volant de son véhicule rutilant. Après quelques essais, les véhicules foncent en file indienne vers l’inconnu qui porte aujourd’hui le joli nom de montagne St-Pierre.

Grand départ sur la piste bordée de jeunes bouleaux qui semblent figés dans un habit de dentelle blanche.

Les moteurs grondent, déchirant le silence matinal, les chenillettes mordent la neige projetant derrière elles des éclats de glace. Très vite chacun a pris la mesure de sa machine : tenir son cap, chasser dans les virages, épouser les mouvements du ski-doo, mettre les gaz en montée. Au fil des kilomètres, la conduite devient plus sportive. A vive allure, les motoneiges filent sur des sentiers balisés.

Steve et moi restons, nous aussi, figés devant ce paysage blotti sous une épaisse couche de neige glacée.

Quand on lève le nez du guidon, la nature fait son cinéma. C’est que l’hiver pèse sur la forêt, il s’insère jusqu’au cœur des épinettes dont les pieds sont ensevelis sous une épaisse couche de neige. Les rivières ont ralenti leur course et les lacs gelés étirent leur toile, uniformément blanche. Parfois, dans la poudreuse, surgissent des traces d’animaux qui se perdent dans les sous-bois.

Quand la piste s’engage sur une côte abrupte, la chenille des machines laboure la neige et soulève un nuage de poudreuse en s’élançant vers le sommet. Peu à peu le panorama se dégage, la route s’ouvre, droite et tendue vers la crête. Les motoneigistes ralentissent, impressionnés par une armée de sapins rabougris engoncés dans un carcan de glace qui barrent les côtés de la piste.

Steve semble bien petit au pied de la tour de télécommunication hérissée d’antennes prisonnières de la glace.

Là-haut, le blizzard souffle et ces centaines de bonhommes de neige givrée dodelinent doucement de la tête à notre passage. Sur le plateau, une haute tour de télécommunication, hérissée d’antennes et de paraboles entièrement givrées semble figée pour l’éternité au cœur de ce vaste site surréaliste. Les moteurs se sont tus et un grand silence drapé d’immortalité pèse sur ce décor de fin du monde. Chacun se sent à son tour pétrifié devant tant de beauté cristalline.

En hiver le territoire de la Rédemption offre un vaste plateau givré, idéal pour les amoureux de ski-doo.

La descente vers la vallée se fait en douceur, l’esprit vagabonde, encore ébloui par la vision d’apocalypse saisie au sommet de la montagne. Magie de l’hiver qui jour après jour dessine de nouveaux paysages. Les scooters slaloment encore longtemps dans les forêts de bouleaux et de conifères. Avec le jour qui décline, le froid s’intensifie et la lumière s’est étalée en une gerbe dorée qui allongent les ombres.

Steve ouvre la piste du retour au volant de son ski-doo puisque c’est ainsi que les Québécois ont baptisé les motoneiges.

Sous la lueur des phares, les reflets de la neige hypnotisent le regard qui s’engourdit. Soudain, au détour du sentier, une tache lumineuse déchire les pans de brume qui noient peu à peu le chemin. L’appel du chalet en bois rond est irrésistible.

Chacun accélère et c’est en éventail que les motoneiges glissent vers ce carré de lumière rayonnante. Rêve de bûches qui crépitent dans l’âtre, d’un verre d’alcool de caribou, doré et rugueux sur la langue, d’une nouvelle soirée conviviale bercée par les accents rocailleux du pays.

 


Infos :

Pour en apprendre davantage, un site incontournable : www.quebecmaritime.ca

Le Domaine Valga, une des plus grosses auberges en bois rond de Gaspésie.

Se loger : Eric et Chantal offrent la possibilité de séjourner dans la plus grosse auberge en bois rond dans l’Est du Québec et de goûter aux plaisirs de l’hiver dans la Forêt de Maître Corbeau www.quebecmaritime.ca/domainevalga. Si vous souhaitez vous offrir une journée ou plus en motoneige, adressez-vous à eux, ils sont d’excellents conseils, ils pourront vous faire guider vers la montagne St-Pierre dans le territoire de la Rédemption.

Retenez que pour louer un ski-doo il faut avoir 21 ans, présenter un permis de conduire et une carte de crédit pour la caution. Tout l’équipement est fourni par le loueur de votre randonnée, ceci n’exclut pas des sous-vêtements chauds, une cagoule, des gants en soie et des lunettes.

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