Brexit : les bons et les mauvais points

Pour ceux qui n’ont pas suivi les posts de PagTour sur Facebook tout au long de ce week-end, petite piqûre de rappel sur les conséquences du « Brexit » pour le secteur du tourisme et du voyage.

Les résultats du référendum connus dans la nuit de jeudi à vendredi, la sanction de la Bourse de Londres ne s’est pas fait attendre :Thomas Cook, par exemple, voyait le cours de son action chuter de 18 p.c. dès l’ouverture des marchés, les investisseurs anticipant sans doute un effet de change négatif. De fait, la livre ne valait plus que 1,20 euros, contre 1,31 la veille, pour remonter à 1,23 en fin de journée.

Il faut donc s’attendre à ce que l’affaiblissement de la livre sterling face à l’euro réduise le pouvoir d’achat des Britanniques en vacances en Europe. C’est particulièrement vrai en France où, sur les 123,8 millions de nuitées réalisées en 2015 en hôtellerie et hébergements assimilés (résidences de tourisme, villages vacances…), 11,8 millions l’ont été par les Britanniques, soit la part la plus importante par rapport aux autres pays européens, devant l’Allemagne.

Les régions françaises les plus touchées

Du fait de la proximité géographique, les Britanniques génèrent le plus souvent plus du quart du total des nuitées internationales dans le Nord de la France (Hauts-de-France, Normandie et Champagne). Mais l’impact sera toutefois différent selon les catégories des établissements, les hôtels haut de gamme devant ressentir davantage les effets du Brexit.

La Seine-et-Marne devrait être impactée, er raison de la présence de Disneyland Paris, dont les Britanniques sont particulièrement friands, au point d’être le premier marché-source des hôtels du parc et des alentours, partenaires ou non. A Paris, en revanche, où les Britanniques ne représentent qu’une part modérée de la clientèle (7,3 p.c.), ils devraient pouvoir y être remplacés sans trop de difficultés.

Surtout le haut de gamme

Leur poids sur l’économie des stations de ski  (11,2 p.c.) est plus significatif, comme sur Reims et la Champagne, étapes traditionnelles des Britanniques sur la route des vacances.

Dans le Périgord, il faut compter avec la présence des Britanniques naturalisés ou résidents mais ayant des revenus en livres, et de leur apport à l’économie locale, touristique ou non. En Gironde, la part des Britanniques est plus significative en haut de gamme ou dans les châteaux du vignoble bordelais. A l’inverse, l’Auvergne, l’Alsace, la Lorraine et la Corse, peu fréquentées par les Britanniques, ne devraient guère souffrir.

Enfin, le secteur MICE se verra sans doute quelque peu déserté par la clientèle britannique.

Le transport aérien, première victime

Marc Dans explique par ailleurs l’impact du Brexit sur la valeur des compagnies aériennes, mais aussi sur le renchérissement, pour les Britanniques surtout, de la facture pétrolière, libellée en dollars. Le transport aérien pourrait donc être également affecté par une hausse des prix des billets.

Pour les compagnies low cost, le Brexit représente la catastrophe qu’elles redoutaient puisque les compagnies aériennes britanniques ne devraient plus être autorisées à opérer entre deux villes européennes. Ainsi easyJet, qui opère par exemple des vols au départ de Bruxelles vers, entre autres, Berlin, Nice, Bordeaux, Milan et Naples. Mais il y a un « Plan B » : la compagnie orange pourrait créer une holding européenne afin d’obtenir un certificat de vol européen, ou utiliser au sa filiale suisse, qui en a déjà un.

Pour Ryanair, basée en Irlande, l’impact pour ses vols vers des pays de l’Union Européenne sera nul, mais affectera sans doute ses vols vers le Royaume Uni.

Enfin, il faut noter que la réglementation européenne concernant les indemnisations ne s’appliquerait plus s’agissant des vols vers ou en provenance de la Grande-Bretagne.

Files d’attente plus longues

La Grande-Bretagne sort de l’Europe, mais pour autant, on ne va pas refermer le tunnel sous la Manche. Le Royaume-Uni n’ayant jamais été membres de l’espace Schengen, les biens et les personnes transitant par le « Chunnel » resteront soumis aux mêmes procédures qu’actuellement. Les contrôles au niveau de l’Eurostar risquent cependant de devenir encore plus drastiques et vont sans doute allonger encore les files d’attente.

De nouvelles opportunités, mais…

Le « Brexit » présente pour les Européens un certain nombre d’avantages, qui ouvrent peut-être de nouvelles opportunités. Les produits britanniques seront moins chers, de sorte que pour les voyageurs de l’Union Européenne, le Royaume-Uni va (re)devenir une bonne destination « shopping ». D’autant que, dans les aéroports outre-Manche, les zones « duty free » pourraient réapparaître, dix-sept ans après leur disparition.

Mais le départ de nos amis anglophones aura aussi des conséquences moins agréables pour les Continentaux. Cela leur coûtera désormais plus cher de téléphoner de Grande-Bretagne en Europe, puisque la disparition programmée des frais d’itinérance mobile sur le continent ne s’appliquera plus. Enfin, la carte européenne d’assurance maladie ne devrait plus être acceptée : quand on sait le prix des soins médicaux en Grande-Bretagne — quand on parvient à avoir un rendez-vous ! — mieux vaudra souscrire à une bonne assurance voyage !

L’Irlande pourrait doubler sa population

Et pour finir, une conséquence inattendue : la victoire des partisans du « Brexit » a provoqué une ruée sur l’ambassade de la République d’Irlande à Londres ainsi que les bureaux irlandais des passeports à Kensington et Chelsea.

Il suffit en effet que les grands-parents, voire même, dans certain cas, des arrière grands-parents, soient nés sur l’île pour avoir automatiquement le droit à la citoyenneté irlandaise. On estime ainsi que pas moins de six millions de personnes vivant au Royaume Uni sont ainsi éligibles à la nationalité irlandaise. L’Irlande, qui compte aujourd’hui 4,6 millions d’habitants, pourrait ainsi voir sa population plus que doubler !

Les aides européennes aux pays membres étant, d’une manière ou d’une autre, proportionnelles à leur population, les Irlandais, par ailleurs fervents européens, pourraient être les premiers bénéficiaires du Brexit !

Print Friendly, PDF & Email

Commentaires

commentaires

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY