Arlon: la mariée n’a pas de dot!

Citée frontière au riche passé, la métropole lorraine se penche sur son avenir. Des pépites sorties de son sein aux fleurs de mai, la cité possède des atours de premier ordre.Une ville étape qui a de quoi séduire mais qui mérite un sérieux lifting et quelques biens.

Âgée de plus de deux mille ans, elle est concurrencée par plus belles mais moins passionnantes qu’elles.

Rien ne va plus

La ville n’était vraiment pas sexy ce dernier week-end de janvier. Les trottoirs étaient verglacés et une pluie fine rampait sur le crépis des façades. Dans un café de la place, deux couples de pensionnés échangeaient sur le montant de leurs fabuleuses retraites obtenues au Luxembourg. Ils se plaignaient de l’absence de bons restaurants et de commerces dans le centre-ville.

IMG_3238Depuis la construction d’un immense centre commercial aux abords d’Arlon, les clients ont déserté le centre. Une réorganisation kafkaïenne de la circulation urbaine fait délirer les voitures en attente d’une place.

Des contrôleurs épient le passant qui n’aurait pas caressé l’horodateur. Le fléchage est aléatoire. La première impression que l’on a en rentrant dans la ville est prometteuse …. d’un fameux emmerdement.

Roulette gallo-romaine

Alors que la déprime nous gagnait, nous avons franchi la porte de l’office du tourisme arlonais. C’est une personnalité toute bonhomme qui nous y accueille. Le comptoir est situé dans un ancien relais et transpire la ruralité. Avec bienveillance, notre hôte nous propose de visiter un musée situé à 2 minutes de glissade de là.

Lorsque l’on rentre dans le musée archéologique de la ville (géré par la Province), on ne sait pas réellement à quoi s’attendre. Une chanson de Madonna émane du PC de la préposée à l’accueil qui nous souhaite une bonne visite.

Alors que nous nous attendions au pire, la magie opère tel un électrochoc. Le sentiment pourrait être celui d’une soirée en solitaire où des amis aimés sonnent à la porte.

IMG_3236Ce qui s’ouvre à nous est fabuleux. Des pièces gallo-romaines dans un état de conservation exceptionnel sont proposées au public. Une proximité joyeuse unit le spectateur aux centaines de pièces exposées.

Un Bacchus amoureux et des scènes mortuaires et publiques nous transportent dans une époque où Arlon campait la Belgique sur les cartes romaines. Le lieu est soufflant par la richesse des pièces offertes.

Bien pensé et passionnant, nous y sommes revenus à deux reprises tant le spectacle fut jouissif.

Un parcours au sein de la ville

Interrogée par nos soins, l’échevine du tourisme joue le jeu de l’interview avec honnêteté. Anne-Catherine Goffinet reconnaît d’emblée les écueils de la ville. Elle nous parle du futur parking souterrain et de sa probable jonction avec l’ancien palais de justice où prennent place des expositions.

Elle nous parle du défilé de mode qui se déroule dans les anciens hangars de la SNCB et des créateurs qui proviennent des régions alentour. On évoque le maitrank et la nature particulière qui serpente d’une frontière à l’autre. L’échevine évoque la synagogue qui est la plus ancienne du pays.

IMG_3244Dans un discours rempli d’anecdotes, elle nous explique ce que la ville va mettre en place pour faire revivre son prestigieux passé gallo-romain. Les traces sont vivantes mais restent parfois abstraites. Sans un guide, il est ardu de se téléporter au 3e siècle. Un fléchage adapté permettra au quidam de s’imprégner des lieux.

Si la tour Neptune est idéalement mise en valeur, il n’en est pas de même de tous les sites. Ce qui reste des termes est montré au public de façon grotesque. L’absence de moyens n’excuse pas les fautes de goût.

Via un barre-code, le visiteur étranger aura bientôt accès à des explications dans sa langue, ce qui n’existe pas (ou peu) actuellement. De nombreux guides formés au sein de l’OT pallient néanmoins à ce manque.

Des expos temporaires à deux balles

Pendant quelques jours encore, une exposition consacrée au pop art a pris place dans l’ancien palais de justice. Des sérigraphies de Lichtenstein (photo ci-dessous) et de Warhol sont mis au clou dans l’ancienne salle des accises. Pour l’organisation de cet évènement, Arlon fait appel à une société spécialisée. Chagall et Matisse ont déjà pu être montrés au public. Follon devrait suivre.

IMG_3252Décevante, l’exposition est bâclée et ne possède aucune pièce maîtresse. Réalisée pour un public jeune, elle a l’inconvénient d’être accrochée beaucoup trop haut.

Elle n’est ni didactique, ni ludique. L’organisateur s’est contenté de glaner quelques pièces banales et de les aligner les unes après les autres.

Si l’art contemporain fait bouger les foules, dans ce cas, c’est certainement vers la sortie que le public sera inviter à se rendre. Le prix d’entrée est disproportionné par rapport à l’offre proposée: (12-65 ans : 8 € / +65 ans et étudiants : 7 € / 6-12 ans : 4 € / -6 ans : gratuit -ndlr).

Consciente de ses richesses Arlon est sous la loupe des professionnels du secteur qui demandent des changements. Idéalement placée, cette ville étape possède un patrimoine unique qui ne demande qu’à vivre dans les catalogues des autocaristes.

Moyennant de sérieux investissements pour rendre la mariée jolie, elle pourra donner envie aux touristes européens de s’y rendre.

C’est avec impatience et intérêt que nous ferons échos des améliorations nécessaires que le pouvoir politique souhaite mettre en place dans les prochaines années. Fléchage, mise en valeur et respect de la langue du visiteur étranger feront l’objet de notre prochain papier.

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