Aller en Tunisie? C’est sûr!


PagTour est allé voir, en Tunisie, comment le pays affrontait l’après-attentats et envisageait l’avenir de son tourisme. A défaut d’être optimiste, car il sait que la crise durera plusieurs années, le Tunisien a la pêche, et retrousse ses manches avec détermination.

Une des toutes premières priorités des responsables tunisiens est d’assurer la sécurité des personnes et des biens, à commencer par les hôtels et les principaux lieux publics. C’est aujourd’hui chose faite, même si tous les équipements n’ont pas encore été livrés partout et même si, en Tunisie comme ailleurs, on n’est jamais à l’abri d’un attentat comme ceux de Bruxelles.

En Tunisie, il ne se passerait guère de jours sans que des sympathisants djihadistes ne soient dénoncés, sans que la police ne procède à des arrestations et ne saisisse armes et munitions. « Il n’y a pas un Tunisien qui n’ait dans sa famille ou parmi ses proches une personne qui travaille dans le tourisme », explique-t-on, et ce serait la raison pour laquelle on en vient à briser l’omerta. Le mois dernier encore, à Ben Guerdane, dans le sud, une opération terroriste a échoué, faisant une cinquantaine de morts, essentiellement parmi les djihadistes, la population n’hésitant pas à combattre aux côtés des forces de l’ordre plutôt que de se rallier aux terroristes.

La frontière sud, avec la Lybie, par où ont transité nombre de terroristes venant de Syrie, est aujourd’hui sécurisée, nous a-t-on assuré : « On ne passe plus ». Nous n’avons pu le vérifier, mais si l’on en croit le président de la République lui-même, qui s’exprimait la semaine dernière sur trois radios, la sécurisation des frontières par un système électronique, avec le soutien des USA et de l’Allemagne, sera réalisée dans le courant de l’année.

Mövenpick Sousse24 heures sur 24

En revanche, nous avons pu nous rendre compte des mesures prises par les hôtels et alentour. Policiers armés postés plus ou moins discrètement à proximité, patrouilles de quads 24 heures sur 24 sur les plages, l’engagement des établissements hôteliers est proportionnel à leur importance. « Gros porteur » s’il en est, le Mövenpick de Sousse (photo) avait déjà prévu des installations sécuritaires dès son ouverture, en 2010, assure son directeur général adjoint, Hassen Chaouache, mesures qui ont été amplifiées depuis les attentats du Bardo et du Marhaba tout proche.

Avec ses 618 chambres et une douzaine de points de vente, dont 5 restaurants et 7 bars, l’hôtel compte maintenant 109 caméras réparties dans tous les communs, dont deux reliées directement à la police, un portique et un scanner à l’entrée. Au total, pas moins de 56 personnes sont employées à assurer la sécurité de l’hôtel, en trois shifts de 8 heures. Comptez aussi avec 16 chiens d’attaque, capables de renifler la présence d’explosifs. Foued Eloued, le nouveau commissaire régional de Sousse, ajoute que les rues de l’ensemble de la zone hôtelière seront bientôt à leur tour équipées de caméras.

CaméraCaméras et projecteurs

On peut accéder en voiture à l’hôtel Iberostar Diar El Andalous, à côté du Seabel Alhambra : les soubassements du véhicule, quel qu’il soit — et même si le chauffeur est connu des gardiens — sont inspectés à l’aide d’un miroir, le coffre est fouillé et il faut même ouvrir le capot. Ensuite, se soumettre à la fouille individuelle après passage sous un portique. L’hôtel, qui compte 319 chambres, est équipé d’une vingtaine de caméras, d’autres étant encore en commande, toutes reliées à une salle d’opérations. Et sur le toit de l’hôtel, des projecteurs éclairent le jardin et la plage toute la nuit, côté hébergement.

A ces mesures s’ajoutent l’obligation de noter les entrées et sorties et l’immatriculation des véhicules, dont ceux des fournisseurs, et de fournir chaque semaine un listing, ainsi que la liste du personnel, dont l’identité et les antécédents éventuels sont contrôlés par les autorités.

Des mesures communes à l’ensemble des hôtels

En fait, toutes ces mesures sont communes à l’ensemble des hôtels de Tunisie. Après un audit, elles ont été mises en œuvre conjointement par le ministère du Tourisme et celui de l’Intérieur, par groupes d’hôtels, dans chacune des régions touristiques du pays. La formation, d’une semaine, des chefs de départements, ceux-ci devant à leur tour former leur personnel, a été préparée par Scotland Yard et des experts allemands, la société spécialisée Argus ayant été chargée de la mise en œuvre. Et chaque année, l’ONTT assure une formation aux nouvelles techniques.

Tout le monde est concerné

« L’attentat du 26 juin 2015 a complètement changé les mentalités », reconnaît Yassine Zguem, directeur commercial. C’est à présent l’ensemble du personnel qui est concerné par la sécurité : les femmes de chambres, les jardiniers, les animateurs, tout le monde a été sensibilisé et formé à identifier les comportements suspects et à réagir rapidement dans le respect des procédures. Et des simulations sont organisée régulièrement.

Tout est fait pour que les clients des hôtels subissent pourtant le moins possible de contraintes. Et l’expérience montre qu’ils les acceptent finalement très bien.

L’étrange avis des Affaires Etrangères

S’il est aujourd’hui difficile, voire impossible, à un commando de réitérer les sanglantes opérations d’il y a un an, les professionnels du tourisme savent bien cependant que le risque zéro n’existe pas, et que toutes ces mesures de sécurité ne suffiront pas nécessairement à faire revenir les touristes. De tous les obstacles qui se dressent encore, l’avis négatif du ministère belges des Affaires étrangères est celui qui les chagrine le plus. Sur quelles raisons objectives repose-t-il ? Et que faire pour qu’il soit levé ? Car la Belgique est, avec le Royaume-Uni, le seul pays européen à déconseiller encore les voyages en Tunisie, avec pour conséquence que les assurances n’interviendraient en aucun cas, même en dehors de tout acte terroriste.

La Tunisie, premier marché de la Tunisie

C’est dans ce contexte certes morose mais où les Tunisiens font preuve d’un formidable désir de vivre, que s’est ouverte à Tunis, un mois plus tôt que d’habitude, l MIT, la 22ème édition du MIT, le marché international du tourisme, qui regroupe désormais un salon du tourisme, de la plaisance, du golf, du spa et de l’Horeca.

Stand thermalismeTrès couru, un stand consacré au thermalisme et à l’hydrothérapie (photo), un des plus gros atouts du pays.

Dans la conjoncture actuelle, le marché local est devenu le premier marché du tourisme tunisien. On notait toutefois moins d’exposants que l’an dernier, même si, côté participations étrangères, on remarquait celles de l’Algérie, de l’Egypte, du Cameroun et du Mali, du Vietnam et de l’Indonésie.

 

Afik KchoukLe MIT, un défi

Pour Afif Kchouk, fondateur et directeur général du Salon (photo), « ce salon est un défi, il veut montrer que la Tunisie est toujours là, mais il est à l’image du pays : il y a moins de représentants étrangers. Mais le nombre et la qualité des visiteurs sont là. Tous les salons sont, par ailleurs, aussi menacés par Internet… ».

Quelle promotion pour les régions ?

Le MIT a noué cette année un partenariat stratégique avec l’Ecole supérieure de Commerce, qui procède à un vaste inventaire des opportunités régionales, qui fera l’objet de travaux de fin d’études et d’une « rubrique » permanente du Salon. Il s’agit de savoir quelle promotion il faut mettre en place pour mieux promouvoir les régions. « Il faut oublier le nom ‘Tunisie’, qui est trop lié aux attentats, et mettre en avant celui de nos régions : celui qui va en vacances aux Canaries ne pense pas d’abord qu’il va en Espagne », rappelle Afif Kchouk.

Autres axes stratégiques à développer, selon lui : l’open sky —  on ne le soulignera jamais assez — et la communication digitale qui, en Tunisie, en est encore à ses balbutiements.

Afif Kchouk rappelle aussi volontiers qu’il faut revenir aux fondamentaux du tourisme que sont la géographie et l’histoire. Et de conclure, en humaniste, que le tourisme est une « industrie de la Paix », et qu’il faut « sortir de cette culture de la mort pour revenir à la culture de la vie.

 

Chien de gardeNe vous y trompez pas : ce brave toutou a un flair infaillible et vous mettrait en pièces si vous aviez une ceinture bourrée de TATP…

 

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