Airbnb: et puis quoi encore?

Les hôteliers bruxellois qui ont eu la curiosité d’ouvrir la page qu’Airbnb consacre à Bruxelles… s’en sont littéralement étranglés : le site prétendument collaboratif s’insurge contre l’ordonnance de la Région bruxelloise qui a osé mettre un peu d’ordre dans leur activité dans la capitale belge. Et puis quoi encore ? Mais lisez plutôt :

Plus de 200.000 voyageurs Airbnb se sont rendus à Bruxelles l’année dernière, et 44 % des hôtes qui les ont accueillis ont pu arrondir leurs fins de mois grâce au revenu ainsi dégagé. Un peu plus tôt dans l’année, la région de Bruxelles-Capitale a appliqué une nouvelle ordonnance prévoyant plusieurs restrictions abusives au partage de logement, dont une procédure d’enregistrement complexe et disproportionnée. Nos hôtes bruxellois passionnés, qui se sont regroupés au sein d’une association, ont dénoncé les conséquences négatives de cette ordonnance, notamment pour le secteur du tourisme. Nous espérons que les législateurs régionaux réexamineront les dispositions relatives au partage de logement de ce texte.

Airbnb va jusqu’à préciser que les revenus de l’hôte-type à Bruxelles se sont élevés à une moyenne annuelle de 1.800 € — bien moins que dans d’autres villes, soit dit en passant.

Une législation contraignante, oui, et alors ?

La Région bruxelloise s’est dotée d’une législation qui passe pour une des plus contraignantes, les loueurs devant s’enregistrer et fournir une série de documents avant de proposer à la location un bien respectueux de nombreux critères d’éclairage, d’aération, d’aménagement, d’ameublement, etc., en définitive plutôt dissuasifs. Sans compter que les contrôles fiscaux sont également renforcés.

new_york_nycMais que dire de New York, où les propriétaires d’un appartement ne pourront désormais louer leur bien sur Airbnb que 30 jours par an, contre 60 jours à Amsterdam, 90 jours à Londres, 120 jours à Paris, où Airbnb était au centre des discussions budgétaires, avec l’obligation pour les loueurs de s’acquitter de cotisations sociales dès le 1er janvier prochain ?

Toutes sortes de restrictions se sont élevées un peu partout contre la mainmise d’Airbnb sur l’hébergement dans les grandes villes. En cas de contravention, les amendes encourues peuvent aller jusqu’à 100.000 euros à Berlin où, sauf exception, Airbnb est carrément interdit, et même 600.000 euros à Barcelone !

Alors, restrictions abusives à Bruxelles, procédure disproportionnée : et puis quoi encore ? Réexaminer les dispositions de l’ordonnance ? Comme on dit à Bruxelles : Foert, tiens !

Les questions qui se posent

Cela étant, les professionnels qui ont participé à la rédaction de cette ordonnance se sont tout de même un tout petit peu fait avoir… et la Région par la même occasion. « Ils ont avancé masqués et personne, pas plus à Bruxelles que dans beaucoup d’autres villes bien plus importantes, ne les a vu venir… », reconnaît un hôtelier de la place. Car ce sont bien 100.000 nuitées, en gros, qui ont échappé au secteur cette année. Et qu’on nous démontre que l’économie réalisée a profité au commerce local !

cover-r4x3w1000-578da35ad73c3-airbnb-franceEn revanche, des milliers de loueurs bruxellois — Airbnb se targue de 7.000 annonces ! — en ont bien profité, et pas rien que pour rendre service…

Aujourd’hui, les voilà regroupés en association pour « dénoncer les conséquences négatives » de l’ordonnance régionale, « notamment pour le secteur du tourisme ». On croit rêver !

Mais que connaissent-ils donc au tourisme, ces hôtes « passionnés », dont l’immense majorité ne songe qu’à frauder le fisc ?

Et qu’attend le secteur hôtelier pour lancer une grande campagne d’information pour expliquer toutes les raisons de s’adresser à un hôtelier professionnel ? écrivions-nous naguère. La question reste posée.

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2 COMMENTS

  1. En tant que passionnée et professionnelle du tourisme et auparavant de l’hôtellerie, je ne suis pas du tout d’accord avec cet article ni avec la polémique autour d’Airbnb et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, les personnes qui privilégient les hôteliers professionnels ne sont aujourd’hui plus la même cible que les personnes utilisant Airbnb, et cette raison seule suffit à ne donner plus aucun sens à ce débat. Les hôteliers proposent des prestations que ne peuvent souvent (pas systématiquement je l’entends) se payer les utilisateurs d’Airbnb. Oui, cela crée une concurrence rude. Oui, cela joue sur les prix et sur les fréquentations. Mais c’est la loi du marché et on s’y expose à partir du moment où on l’intègre. Certes, les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde : ce qui est normal quand on ne propose pas les mêmes prestations.
    Deuxièmement, toujours au sujet des cibles : est-ce que les utilisateurs d’Airbnb doivent se priver de voyager, de profiter de leur temps libre, sous prétexte que cela fait défaut à une partie des professionnels du tourisme ? Et de quel droit ces derniers souhaiteraient-ils les en priver ?
    Cette polémique n’a pas pour moi pas lieu d’être, même si le marché est contraignant je le sais très bien. Différentes prestations, différents services, différentes cibles, etc, etc : c’est le marché. Est-ce qu’Emirates, Qatar et Etihad se plaignent de RyanAir et EasyJet ? *blague à part*

    • Merci de votre commentaire. Sur le fond, vous avez raison, c’est la loi du marché, et on ne saurait reprocher à ceux qui utilisent Airbnb de le faire. Mais il se trouve qu’Airbnb a, comme d’autres, de grandes ambitions qui non seulement vont à l’encontre des intérêts des professionnels, que PagTour défend, mais bafouent les lois en vigueur.

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