Air France- KLM : pourquoi ça tourne au vinaigre ?

On savait les relations tendues entre les directions des deux compagnies Air France et KLM. Benjamin Smith le PDG du groupe voulait un siège au conseil d’administration de KLM et Pieter Elbers, le DG de KLM était sur la sellette, son mandat venant à expirer en avril. Un compromis venait d’être trouvé, Ben Smith entrait au conseil et Pieter Elbers restait aux commandes de KLM.

Mais hier soir coup de tonnerre dans le ciel franco-hollandais, le Ministre des Finances Néerlandais a annoncé que son pays venait d’acquérir en toute discrétion près de 12,68 % des actions du groupe AF-KLM (soit le double de ce qu’elle possédait auparavant). L’affaire a fait décrocher l’action Air France à la bourse de Paris qui a perdu quelques 12 % dans la seule journée d’hier.

Depuis l’arrivée de Ben Smith aux commandes du groupe, le management de KLM très largement soutenu par le personnel de la compagnie s’était arc bouté sur le maintien de Pieter Elbers à son poste par peur d’une vision trop envahissante d’Air France sur KLM.

Avec justesse la « querelle » trouvait aussi sa source au niveau des résultats. Air France dont les effectifs sont grosso modo le triple de ceux de KLM, ne participe que pour un peu moins de 25 % au résultat d’exploitation.

Alors pour peser sur la stratégie du groupe et afin de protéger KLM d’une main-mise supposée d’Air France, le gouvernement néerlandais a annoncé hier soir avoir fait une petite emplette à 68O millions d’euros pour détenir 12,68 % des actions du groupe avec comme objectif d’égaler la part d’Air France qui est de 14 %.

Détail croustillant, cet achat s’est fait sans en avertir le gouvernement français ni même le conseil d’administration, alors que le parlement néerlandais en avait été informé de manière confidentielle.

Sûrement par souci de délicatesse, le gouvernement français aurait été prévenu seulement une petite heure avant l’annonce officielle.

Devant ce coup de Jarnac, le Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, faisait plutôt grise mine « prenant acte » de la position du gouvernement néerlandais. En coulisses, certains s’étonnent d’une action aux couleurs quelque peu nationalistes.

Dans ce bras-de-fer, Paris garde en principe un petit avantage car la plupart de ses actions possèdent un droit de vote double et avec les 4 % détenus par le personnel, la France détient près de 27 % des droits de vote. Mais si jamais La Haye faisait équipe avec d’autres actionnaires minoritaires comme Delta (9 %) et China Eastern (9 %) il pourrait y avoir une révolution de palais!

Et La Haye qui n’y dispose actuellement que d’un siège, pourrait négocier une présence plus forte au conseil d’administration du groupe AF-KLM.

Un conseil d’administration extraordinaire est prévu aujourd’hui. Le groupe pourrait bien entrer dans une zone de fortes turbulences. Attachez vos ceintures!

Frédéric de Poligny

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