A Istanbul, le tourisme une nouvelle fois frappé

La Turquie a une nouvelle fois été victime du terrorisme mardi soir. Un attentat-suicide a touché l’aéroport Atatürk d’Istanbul pour faire 41 morts et près de 250 blessés, d’après le dernier bilan provisoire.

Trois kamikazes ont ouvert le feu au fusil d’assaut puis se sont fait exploser avant les contrôles de sécurité. Un policier a réussi à abattre l’un des terroristes, qui a malgré tout actionné sa charge en chutant. Un grand mouvement de panique a alors secoué le terminal des vols étrangers aux alentours de 22h (21h heure belge).

Une énième attaque qui vient s’ajouter à la liste

Le président Erdogan a pour sa part déclaré : « Les bombes qui ont explosé à Istanbul aujourd’hui auraient pu exploser dans n’importe quel aéroport de n’importe quelle ville du monde », appelant tous les gouvernements à unir leurs forces contre le terrorisme. C’est sans doute vrai, mais ce sont bien Istanbul et Ankara qui ont déjà été victimes du terrorisme sept fois depuis le début de l’année 2016. La vague d’attentats qui touche le pays depuis juillet 2015 a ainsi fait pas moins de 287 morts, avec quatre attentats mortels rien qu’à Istanbul.

La piste djihadiste privilégiée

S’il est encore trop tôt pour confirmer l’origine de l’attaque, c’est bel et bien la thèse djihadiste qui est privilégiée. La cible et le mode opératoire rappellent en effet davantage l’Etat islamique. Autre indice : la date correspond aux deux ans de la proclamation du califat. Encore une fois, c’est un lieu touristique et des victimes de tous horizons qui ont été ciblés, dans le but de faire un maximum de morts. Les rebelles kurdes privilégient en général des cibles plus en rapport avec le pouvoir politique comme les commissariats de police ou les postes militaires. Malgré cette piste, Daech a pour habitude de ne pas revendiquer les attentats qui lui sont attribués en Turquie.

La Turquie prise entre deux feux

Le pays fait face à une double menace terroriste : celle de l’Etat islamique et celle des rebelles kurdes. Deux feux qui sont la conséquence de la politique de double jeu du gouvernement Erdogan. Dès le début de la crise syrienne en 2011, Ankara a soutenu les mouvements islamistes pour favoriser la chute d’al-Assad et l’affaiblissement des combattants kurdes, notamment en laissant passer des armes et des troupes, mais aussi en permettant à l’Etat islamique d’exporter son pétrole.

Ce n’est pas tant que Mr. Erdogan soit favorable à Daech, même si lui-même est un islamiste notoire, mais l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Pourtant, la Turquie a fini par se rendre compte de la menace que constituait la montée en puissance de Daech. Sous la pression des Etats-Unis, elle a fini par frapper l’Etat islamique au sein de la coalition occidentale, et on peut aisément supposer que Daech lui fait payer ce revirement. Cet attentat illustre donc aussi l’échec de la politique turque, y compris dans sa complaisance avec l’islamisme radical, car l’inflexion de plus en plus islamiste de la Turquie d’Erdogan ne suffit pas à satisfaire les nombreuses cellules dormantes qui parsèment la Turquie.

Le choix d’Istanbul

Istanbul n’est pas une ville turque ordinaire. C’est la mégalopole cosmopolite située sur le territoire européen, un carrefour d’échange et d’ouverture. Là aussi, c’est une manière pour les terroristes de toucher l’Europe, les touristes, cet aéroport gigantesque ultramoderne qui représente tout ce que la Turquie peut avoir comme espérance d’ouverture vis-à-vis du monde et de l’Europe en particulier.

La question de la sécurité des aéroports internationaux

Les photos diffusées sur les réseaux sociaux ne sont pas sans rappeler celles de l’aéroport de Zaventem. Celles-ci montrent d’importants dégâts matériels tout en illustrant l’horreur des passagers gisants au sol. Brussels Airport s’est empressé de communiquer un message de solidarité avec leurs confrères turcs dans la douloureuse épreuve qui les unit désormais.

Le Premier ministre turc Binali Yildirim a dès le départ récusé tout dysfonctionnement en matière de sécurité dans l’aéroport, qui est rappelons-le l’un des plus fréquentés d’Europe. Les autorités de l’Etat ont, de leur côté et comme à leur habitude, décrété une interdiction partielle des médias.

L’attentat aurait eu lieu au niveau des départs, au passage des rayons X et avant les contrôles de sécurité. Précisions que les aéroports turcs disposent de contrôles de sécurité à la fois à l’entrée des terminaux et ensuite encore devant l’entrée des halls de départ. Mais cela n’empêche pas le confinement de la foule. Au mieux, cela déplace le risque. Car c’est précisément la cible idéale pour les kamikazes, et que cette foule soit à bord de l’avion ou repoussée jusqu’au parking de l’aéroport ne change pas grand-chose : les terroristes iront au plus facile, pourvu qu’ils fassent un maximum de victimes. Quant à la présence de policiers et de militaires, ils peuvent certes abattre des tireurs, mais difficilement les empêcher de se faire exploser. Restent l’utilisation de chiens renifleurs pour détecter la présence d’explosifs et la reconnaissance faciale, mais il reste très difficile de repérer et stopper un kamikaze à temps.

Un impact certain sur le tourisme

Les tour-opérateurs attendent dores et déjà les instructions du Ministère des affaires étrangères belge pour déterminer les mesures à prendre pour leurs vols à destination de la Turquie. Rappelons que Thomas Cook et Jetair opèrent principalement des vols à destination de la Riviera turque. Celle-ci se situant à plusieurs centaines de kilomètres d’Istanbul, les vols restent maintenus à ce stade. Le Ministère des affaires étrangères a pour sa part précisé qu’il était encore trop tôt pour se prononcer sur des éventuels conseils de voyage.

Après avoir pénalisé la Tunisie et l’Egypte, le terrorisme affecte de plus en plus le tourisme de la Turquie – un secteur qui lui rapporte près de 30 milliards d’euros par an. Le secteur s’attend déjà à une perte de 12 milliards de dollars en 2016. Les arrivées de touristes du mois de mai sont au plus bas depuis 22 ans, et le syndicat des tour-opérateurs français (Seto) rappelle qu’avant même cet attentat, les intentions de départs pour la Turquie cet été de la part des Français étaient déjà en chute de 77%. Par ailleurs, la Turquie est aussi une destination populaire pour les touristes arabes du Golfe, en particulier durant l’été. Sachant que l’ambassade d’Arabie Saoudite en Turquie a signalé qu’au moins sept de ses citoyens ont été blessés dans l’attentat de ce mardi, de nouvelles réticences risquent encore d’apparaître.

En avril dernier, on constatait ainsi entre 40 et 80% de réservations d’hôtels en moins pour cet été. Cette chute libre est synonyme de chômage pour des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de Turcs. L’événement le plus marquant [pour le tourisme] aura sans doute été l’attentat du 12 janvier dernier aux alentours de la basilique Sainte-Sophie et de la Mosquée bleue, hauts lieux touristiques. Ce dernier avait fait 12 morts, dont 10 touristes allemands. Déjà lors de l’attentat d’Ankara en 2015, le plus meurtrier, 15 pays avaient mis en garde contre le fait de voyager dans le pays.

Pour rassurer les acteurs du secteur touristique, le gouvernement turc a annoncé un plan d’aide de plusieurs millions d’euros pour soutenir l’activité. Mais l’attentat de ce mardi risque de prendre le dessus et d’asséner le coup de grâce…

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