A Berlin, la cabane d’Osman a bravé le mur… des deux côtés !

Alors qu’on vient de célébrer les 30 ans de la chute du mur de Berlin, peut-être ignorez-vous l’histoire étonnante de la « Baumhaus an der Mauer », littéralement, la « maison dans les arbres sur le mur». Concrètement, il s’agit d’un jardin flanqué d’une cabane qui fut érigée au niveau du mur de Berlin grâce à une invraisemblance incroyable.

L’histoire de cette maison et son jardin, bâtie par Osman Kalin, un immigré turc, remonte au début des années 1980. Elle a profité d’une aberration du tracé du Mur  car, à cet endroit précis de la rue Bethaniendamm, les ouvriers est-allemands auraient dû construire le mur à angle droit pour suivre les plans officiels du partage de Berlin (plan ci-dessous).

Pressés par le temps et afin d’effectuer des économies, ils ont coupé la trajectoire laissant un petit bout de terrain en friche. C’est sur ces 350 m², appartenant légalement à la RDA, mais qui se sont retrouvés sur le territoire ouest-allemand, qu’Osman, habitant du quartier, a jeté son dévolu.

© Studio Graphique France Média Monde

Osman demanda à qui ils appartenaient… On lui répondit : « A personne ! »

Alors que ce terrain vague laissé à l’abandon servait surtout de dépotoir, il décida de l’utiliser pour y planter un jardin… et le nettoya de ses ordures. Un jour, deux soldats de l’Est lui rendirent visite et lui demandèrent ce qu’il faisait, craignant la construction d’un tunnel. Il leur expliqua que c’était son terrain et qu’il faisait son jardin. Les soldats lui répondirent que la terre appartenait à la RDA.

Mais Osman leur répondit que c’était impossible vu qu’il s’y était installé depuis longtemps.

Devant l’obstination du Turc qui ne comprenait pas bien l’allemand, les soldats l’autorisèrent à continuer l’exploitation de la terre tant que les plantations n’étaient pas trop hautes et ne bouchaient pas la vue. Il les remerciait régulièrement en leur donnant des choux, des oignons et divers légumes  de son jardin cultivés à l’ombre du mur.

Ce sont ensuite les policiers ouest-allemands qui lui ont demandé de partir, mais il a encore refusé. Et comme ce jardin était officiellement en territoire est-allemand, les autorités de Berlin-Ouest ne pouvaient donc pas intervenir. Et les policiers de la RDA, voyant que leurs collègues de l’Ouest étaient agacés par ce Turc têtu, se sont fait un malin plaisir de lui laisser le champs libre… si on peut dire.

A la chute du mur, les ennuis commencèrent pour Osman

En effet, il occupait un terrain dont il n’était pas le propriétaire, qui n’appartenait ni à l’Est ni à l’Ouest et dont on ne savait si il était situé dans le quartier de Kreuzberg ou de Mitte. Avec le soutien du curé de l’église St Thomas et du maire de Kreuzberg la maison fut finalement laissée en place.

On lui attribua le numéro 0 de la Bethanienstrasse, le nom de Baumhaus an der Mauer et Osman Kalin reçut (enfin) en 2004 l’autorisation spéciale d’utiliser illégalement le jardin. Bien que la maison ne soit pas raccordée à l’eau courante (ce qui est le cas aujourd’hui) et qu’il y ait eut plusieurs incendies criminels en 1991 et en 2003, le petit oasis vert résiste et perdure toujours à la croisée des rues.

Aujourd’hui, Osman Kalin est décédé depuis maintenant un an et il est question d’en faire un lieu de mémoire, rattaché au Mémorial du mur de Berlin ou encore un musée privé. En revanche pas question de faire disparaître la « Baumhaus ». Des promoteurs immobiliers ont bien essayé, au début des années 2010, de construire des habitations à la place, mais une mobilisation massive des riverains a rapidement fait capoter le projet. Et c’est tant mieux !

 

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