68 millions pour relancer Bruxelles

Comment enrayer la chute vertigineuse du tourisme à Bruxelles après les attentats qui ont frappé la capitale en mars dernier ? C’est le défi auquel est à son tour confronté Patrick Bontinck, CEO de VisitBrussels.

Rassurer les professionnels, stimuler les réservations immédiates et redorer l’image de la capitale : telles sont les trois phases successives du plan d’urgence mis en place par VisitBrussels, qui espère ainsi y limiter à 15 p.c. la baisse du tourisme.

Aux portes de l’été
Nous sommes aux portes de l’été, et Bruxelles avait prévu un « Summer in Brussels » riche de nombreux événements déclinés sous trois thèmes : life style, outdoor et culture. La promotion, qui ciblera les pays limitrophes, mais aussi l’Espagne, l’Italie et les USA, s’appuiera largement sur Internet, avec une page spécifique sur le site de VisitBrussels et une présence renforcée sur les réseaux sociaux, où Bruxelles compte plus de 300.000 fans, notamment à travers des publicités sur Facebook, Instagram et Twitter.
Pas moins de 22 influenceurs-clés ont été identifiés sur Internet — comprenez : des bloggeurs connus —, représentant 1,6 million de « followers » susceptibles de relayer une image positivé de Bruxelles.
VisitBrussels a signé par ailleurs des accords de partenariats avec les sites de réservation dans quatre pays-clés : la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Espagne. Une campagne de génération de trafic sera associée à TripAdvisor avec un microsite, en développement.

Avec Brussels Airlines
Brussels Airlines s’impliquera aussi dans la promotion de la capitale à l’occasion d’actions spécifiques à Bordeaux, aux Etats-Unis et au Canada, ainsi qu’en Italie, en Allemagne et en Espagne, encore. Le train, aussi, grâce à Eurostar et Thalys, en particulier sur la nouvelle ligne Bruxelles-Strasbourg.
Les médias des pays voisins s’y mettent aussi : nos confrères de La Voix du Nord, avec seize pages à paraître le 2 juillet, avec relais sur son site web, mais aussi. Les InRockuptibles, en septembre. Et un publi-reportage dans quatre journaux de Rhénanie, en collaboration avec l’autocariste allemand Hafermann. Au Pays-Bas, enfin, avec une présence dans deux sites spécialisés dans les city trips.

Les visiteurs ? Ils sont déjà là !
Plus étonnant : les grandes affiches qui orneront les murs des aéroports de Bruxelles et de Charleroi ainsi que de la gare du Midi, qui seront vues par des voyageurs… qui, précisément, y arrivent. Ou les accords passés avec la RTBF, qui mettra en avant pendant 15 semaines les événements du Summer Festival, mais comme chaque année… Ou cinq reportages et des mini-spots qui seront diffusés par les télévisions régionales wallonnes : des actions qui visent surtout à relancer les « excursions » à Bruxelles, dont l’hôtellerie ne devrait guère profiter.

Un fatras budgétaire imaginé dans l’urgence
Au total, 68 millions ont été budgétés — et votés — pour aider Bruxelles à relever la tête. Des mesures qui viennent en soutien au secteur touristique, et notamment hôtelier, mais aussi sous forme d’aides économiques, à travers l’agence 1819.brussels, qui peut aussi assister l’entrepreneur comme l’indépendant dans le report ou la réduction de charges sociales et fiscales ou la mise en place d’alternatives aux licenciements. Des mesures destinées, aussi, à une meilleure sécurisation du métro : difficile de dire, dans ce fatras budgétaire imaginé dans l’urgence, ce qui ressort d’un soutien réel au secteur touristique.

On applaudit, mais…
On applaudit à la créativité des acteurs du Summer Festival, qu’il n’a jamais été question de déprogrammer, mais aussi aux initiatives citoyennes, comme ce curieux « Sprout to be Brussels », plutôt chou, ou « See you in Brussels », qui encourage les selfies.
On se réjouit aussi de savoir que la plupart des grands congrès prévus à Bruxelles auront lieu normalement, comme Seafood. Comme le festival Charles Quint, et des actions de promotion de la gastronomie et de la bière, du surréalisme ou de l’Art Nouveau.
On verra avec plaisir se mobiliser les réseaux des leaders d’opinion, des expats et des étudiants, et se développer des offres packagées, destinées notamment aux voyageurs d’affaires.

Pas de stratégie de rupture
Avec ce « plan de relance », il n’y a pas, souligne Patrick Bontinck, de rupture avec la stratégie : nous voulons croire à un retour, le plus vite possible, à une stratégie « normale », c’est à dire d’avant Paris — les attentats de Charlie Hebdo puis du Bataclan ont été le point de départ de la chute du tourisme à Bruxelles aussi.

Au-delà, on se penchera sur l’image de Bruxelles dans le monde, qui reste à restaurer durablement, voire à créer de toutes pièces— et là, il y a du travail.

Un investissement rentable
Limiter la « casse » à 15 p.c., c’est récupérer un million de nuitées (près de 7 millions en 2014). Investir 68 millions dans l’opération, c’est aussi, d’après nos calculs, à une moyenne de 500 euros par personne, 15 p.c. du chiffre d’affaires sauvé : le jeu en vaut la peine.

« Il faut revenir à un discours positif », martèle Patrick Bontinck. Il reste que la Région Bruxelloise n’est pas seule responsable de tous les malheurs qui s’abattent sur la capitale : les tunnels qui s’effondrent, les chantiers en pagaille, les trottoirs hors d’usage, le piétonnier, les grèves à répétition… et on en passe.

Où sont les responsables ?
Mais on ne peut pas dire que les « vrais » responsables donnent l’impression de s’en préoccuper :ni Rudi Vervoot, président de la Région Bruxelloise, ni Laurette Onkelinckx, qui chapeaute désormais l’Agence Bruxelloise du Tourisme, ce nouveau « machin » de plus dans le mille-feuille du secteur, n’avaient jugé utile d’être présent à la conférence de presse qui dévoilait le plan de relance. A cause de la grève et des manifestations, peut-être ?
N’allez pas non plus leur demander de s’engager sur les objectifs : Bruxelles est toujours en Belgique, tout de même..

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