Singapour : un marché du voyage bien organisé

Si l’on s’en tient aux dires, le e-commerce et son homologue, le e-tourisme, grappillent de plus en plus de parts de marché au tourisme physique. Ce bruit qui court à grandes enjambées serait encore plus significatif lorsque l’on s’intéresse au domaine des agences de voyages. Elles seraient de plus en plus à couler sous le joug du géant internet qui dicte désormais ses propres lois à grand coups de clics.
Néanmoins, cet état de fait n’est pas représentatif du globe. Une contrée au pays du soleil levant maintient la tête hors de l’eau : Singapour.

Surnommée la ville de la mer par les tribus ancestrales ou encore ville du lion, Singapura en malais, une des quatre langues officielles du pays avec l’anglais, le chinois et le tamoul, est une cité-État composée de 64 îles situées au sud de la Malaisie, en Asie du Sud-Est.

Aujourd’hui, l’époque des tribus est bien loin.
L’effervescence du tourisme et la montée en croissance de ce dernier couplées au capitalisme qui a su s’imposer, les jungles verdoyantes ont vite laissé place aux jungles de béton. Tout aussi rapide dans leur vitesse de floraison, les gratte-ciels remplacent désormais les orchidées.

À Singapour, le nombre d’agences de voyages a presque triplé en seulement 10 ans.
Le bureau du tourisme du pays enregistrait en 2005 plus de 700 agences de voyage présentes sur son territoire. En 2015, ce chiffre était de l’ordre de 1950.
Afin de mettre ce chiffre en exergue, il est important de rappeler que la France, 1 000 fois plus grande que Singapour en termes de superficie, comptabilisait en 2015 quelques 5 000 agences de voyage physiques, le calcul est vite fait.

Parlons régulations.
Nous avons depuis peu pris connaissance de la nouvelle directive européenne 2015/2302, qui a entre autres réajusté sa réglementation concernant le secteur du e-tourisme. Qu’en est-il de la législation singapourienne ?
Connue pour ses lois strictes et sans concessions, Singapour n’hésite pas à les appliquer au secteur des agences de voyages.
Ainsi, la licence autorisant l’exercice des fonctions d’agent de voyage doit être placée de telle sorte qu’elle soit directement visible dès l’entrée dans l’agence des officiers de police ou du Conseil du tourisme. Eux seuls et sans mandat préalable sont habilités à inspecter votre agence.
En cas de non respect du règlement, une amende allant jusqu’à 10 000 dollars singapouriens (6 473 euros) est à acquitter, et dans certains cas, comme l’utilisation de faux comptes ou la non déclaration de revenus, vous encourrez jusqu’à 3 ans de prison.

La licence évoquée précédemment est obtenue par demande auprès du conseil du tourisme de Singapour, contre une somme de 300 dollars (194 euros), à renouveler tous les deux ans moyennant une somme équivalente. Afin de pouvoir postuler pour la licence et ainsi obtenir le droit d’ouvrir son agence, il est nécessaire entre autres, de posséder un capital d’un minimum de 100 000 dollars (64 800 euros) ou une caution bancaire, de créer une adresse mail propre à l’agence et de disposer d’un staff en bonne santé, de bonne notoriété et de bonne moralité.
Concernant le renouvellement de ladite licence, les agents doivent faire part de l’audit du compte de leur société relatif aux deux années précédentes, du revenu brut annuel des deux dernières années ainsi qu’augmenter leur capital si celui-ci a entre temps chuté en-dessous des 100 000 dollars requis. Ils peuvent aussi fournir une nouvelle caution bancaire.

Ces mesures n’inhibent cependant en rien le développement du secteur, on l’a vu précédemment, sa croissance reste fulgurante dans le pays.
Quant aux chartes concernant le domaine numérique, la législation singapourienne ne traite pour le moment pas cet aspect. L’activité n’étant pas régulée, cela implique qu’elle n’est pas reconnue et de ce fait n’apparaît pas dans les statistiques, raison pour laquelle peut-être les chiffres concernant la résistance des agences de voyage physiques face à internet sont si éloquents.

Que l’on soit en Europe ou en Asie, des normes existent, plus souples ou plus strictes, libre à chacun d’en juger. Toujours est-il qu’elles permettent de réguler cette activité grandissante et continueront d’être renouvelées. Ce n’est qu’une question de temps pour que les textes de loi de la cité du lion en matière d’agences de voyage soient révisés, au même titre que la directive européenne.

 

Sources :

https://www.stb.gov.sg
http://statutes.agc.gov.sg/
http://www.natas.org.sg/
https://trust.yoursingapore.com
http://www.insee.fr

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