Notre dessinateur et rédacteur Samuel tournait récemment cette ambition en dérision. Les États-Unis ont décrété un embargo touristique, et Pyongyang maintient le cap…

Un début d’ouverture signe de faiblesse ?

Dans l’histoire, le moment où les dictatures commencent à s’ouvrir au monde annonce parfois la chute ou la transformation prochaine du régime, surtout que cette ouverture (en général timide) devient elle-même une nécessité en raison de l’essoufflement du régime et de son incapacité à se maintenir coupé du monde.

Cela a été le cas de l’Union Soviétique, quelques années seulement après le début de la Perestroïka et de la Glasnost, et on commence à entrevoir la lente transition du régime cubain depuis son ouverture progressive. Mais il est difficile de croire qu’il en ira de même pour le pays le plus fermé au monde, dont le totalitarisme se rapproche plus du roman d’Orwell.

Mais la Corée du Nord a un grand besoin de devises, et cherche dès lors à en attirer en promouvant le tourisme, qui mine de rien attire certaines personnes fascinées par le caractère « unique » du pays. L’Office de tourisme nord-coréen (oui, cela existe) a d’ailleurs récemment ajoutée une page en japonais, qui vient s’ajouter à celles en chinois, en anglais et en russe.

Dictature orwellienne

can-canh-man-pho-dien-binh-luc-va-vu-khi-cua-trieu-tien-24-182633Pyongyang vise à accueillir deux millions de touristes d’ici 2020, sachant qu’en 2012 seuls 4.500 étrangers s’y sont rendus. Les touristes qui s’y aventurent ne sont pas à la recherche du confort (ils seraient déçus), mais plutôt à voir ce qui n’existe nulle part ailleurs, quitte à ce que leurs moindres faits et gestes soient surveillés en permanence par les membres du régime et à être obligé de se conformer aux règles totalitaires absurdes du pays.

Il est ainsi interdit de se balader sans guide (lisez espion) dans n’importe quelle ville, de photographier tout site qui se rapporterait de près ou de loin à la défense, ou encore de faire entrer dans le pays des « publications de propagande » (des livres étrangers suffisent), sous peine de subir le même sort que l’étudiant américain Otto Warmbier.

Un voyage inutile (et immoral ?)

Chaque visiteur doit, lors de son arrivée dans le pays, déposer une gerbe de fleur et s’incliner devant l’immense statue de Kim Il-Sung, fondateur, premier dirigeant jusqu’à sa mort et proclamé « président éternel de la république », dont le culte de la personnalité qu’il a instauré ferait passer son mentor Staline pour la modestie incarnée. Tout manque d’idolâtrie est passible d’internement dans les camps de concentration, voire de la mort.

parade_militaire_pyongyang-e1444482849413Car en plus de compter plusieurs camps de concentration, où l’on peut parfois être emprisonné sur trois générations, c’est aussi le seul pays au monde qui continue d’utiliser la chambre à gaz pour exécuter des prisonniers.

La concentration des pouvoirs et l’aliénation mentale est telle en Corée du Nord, qu’y dépenser son argent ne permettrait même pas d’améliorer le sort des nord-coréens, ni de les ouvrir au monde tant les moindres propos sont épiés et sanctionnés. Plus grave, on évoque la possibilité que l’argent du tourisme finance les programmes nucléaires et balistiques de Pyongyang.

Privilégier le documentaire au voyage

index1Quel intérêt, dès lors, à risquer de se faire arrêter, soutenir financièrement le régime et subir un profond malaise durant son « séjour » ? Seules quelques rares agences de voyage comme Otkrytie (russe) ou la plus officielle, Koryo Tours, proposent des packages en Corée du Nord.

Actuellement, on serait autour de 5.000 visiteurs occidentaux, mais il est difficile de déterminer si l’affaire Warmbier a impacté négativement les réservations.

Quoi qu’il en soit, plusieurs documentaires ou reportages sont disponibles sur internet où l’on peut voir des images volées de la Corée du Nord et le résultat d’une immersion dans ce pays lorsqu’on est étranger: pénuries alimentaires, famines, sourires forcés, pauvreté, société complètement aseptisée, surveillance généralisée… Mieux vaut prendre conscience de cette réalité devant un écran !

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