Ryanair : un changement de modèle est-il possible ? (2e partie)

Suite et fin de notre réflexion quasi-révolutionnaire sur l’avenir de Ryanair. Dans le précédent article, nous avions disserté autour de 3 des 6 variables identifiées. Voici les trois dernières et nous poserons la question sur le renouvellement de la low-cost…

  1. Une politique sociale à bout de souffle

Les premières vraies grèves de l’histoire de la compagnie remontent à cet été. Et pourtant la fronde syndicale, une spécialité bien belge, remonte à Charleroi en 2001. A cette époque, déjà, la CSC à la pointe du combat, réclamait des contrats de travail belges pour les personnels de cabine basés sur le tarmac de Charleroi. 17 ans plus tard, et bien des procès, ce n’est toujours pas le cas et le personnel dispose toujours de contrats de travail minimalistes et d’une protection sociale très en-deçà des standards belges. C’est une évidence.

La situation des pilotes est différente. Selon nos informations, obtenues à plusieurs sources, ils sont tout à fait correctement payés ; ils ont d’ailleurs longtemps été considérés comme le bras armé de la direction et chargés du bon fonctionnement opérationnel de la compagnie à travers l’Europe.

Si nombre d’entre eux prétendent être courtisés par d’autres compagnies, jusqu’au Moyen-Orient, ils savent que chez Ryanair, ils ont malgré tout une grande stabilité d’emploi et sont employés par une société financièrement très solide. Installés avec leur famille près de leur aéroport de fonction, ils militent aujourd’hui non sans un certain opportunisme pour améliorer leurs revenus tout en restant dans la même société.

  1. L’Arlésienne européenne

Dans le concert de compétition permanente entre aéroports, l’Europe dont les responsables disent sans cesse qu’elle doit être réformée sont aux abonnés absents. Alors que certaines compagnies (dont Ryanair) ont fondé l’association A4E, pour Airlines for Europe, chargée de défendre leurs intérêts auprès de la Commission, rien ne bouge du côté social européen.

Ryanair, maniaque du contrôle de ses coûts n’a dès lors aucune raison de ne pas tirer sur toutes les ficelles pour exploiter son personnel. Cynique mais légal et autorisé.

De plus, les disparités dans la protection sociale sont telles en Europe, faibles en Irlande, élevées en Belgique que le management de Ryanair peut, culturellement, considérer comme démesurées des revendications qui apparaissent raisonnables en Belgique.

Un équilibre difficile à trouver et dans lequel l’Europe, comme dans bien d’autres domaines, n’arrive pas à faire la synthèse. Il y a pourtant urgence. Mais le calendrier politique est rarement celui du citoyen et du travailleur.

  1. Des destinations majeures à saturation

Elles s’appellent Venise, Barcelone, Rome, Londres, Paris…, et toutes ont ou avaient un petit aéroport à l’écart sur lequel Ryanair a posé ses avions, déposant sans discontinuer des millions de passagers pour un tourisme devenu excessif et critiqué.

A Venise, les habitants réclament une baisse de régime et un retour à un tourisme de qualité plutôt que des visites d’un jour, en tongs, avant d’embarquer sur un mastodonte des mers. A Barcelone, idem, les habitants revendiquent le droit de se réapproprier leur ville. Et on sait qu’en matière de revendications, les Catalans… A Londres, le prix du ticket de métro a été augmenté en vue d’en faire baisser la fréquentation.

Bref, ces villes saturent et réclament, ici aussi, un changement de l’ordre du développement durable.

Si Ryanair se doit d’avoir ses destinations dans son portefeuille, la compagnie, malgré son développement progressif vers les aéroports principaux, dispose toujours d’un réseau exceptionnel de destinations plus confidentielles qui, elles, ne menacent pas saturation. C’est là un capital fondamental dans un business composé de flux nord – sud. Le nordiste cherche le soleil.

Lassé, et peut être usé de la cohue des destinations place-to-be, il pourrait progressivement se tourner vers de nouvelles destinations à la croissance plus raisonnable et contrôlée mais certainement pas moins intéressantes. Quant aux flux du sud vers le nord, la succession d’étés caniculaires pourrait en faire un must pour certains touristes plus intéressés par la fraîcheur de la Scandinavie que par la fournaise espagnole et portugaise. Mutation à venir ?

L’érection d’un nouveau modèle Ryanair, une utopie ?

Au vu des variables de cette équation, dont la liste n’est pas exhaustive, Ryanair peut-elle entamer une nouvelle révolution ? Capitaliste et arrogante jusqu’à aujourd’hui, Ryanair peut-elle muter progressivement, ou radicalement, pour devenir à la fois sociale et économiquement altruiste  ?

Il faudrait pour cela que la compagnie accepte rien moins qu’une redistribution de ses richesses. Oui, vous avez bien lu. Rien moins qu’une redistribution de ses richesses. D’une part, une amélioration des contrats de son personnel, et d’autre part, une révision des contrats avec les aéroports. Une telle approche en ferait un partenaire fiable, doté de vertus novatrices et de nouvelles valeurs plus en phase avec les préoccupations environnementales (au sens large) actuelles.

Une telle approche verrait sans doute temporairement les bénéfices s’éroder mais le public, et donc la clientèle, serait plus que probablement positivement touché par une approche prenant en compte l’ensemble des acteurs de la chaîne aérienne et pas seulement les sacro-saints actionnaires. Utopique ?

Peut être aujourd’hui, un peu moins demain. Ryanair, par sa créativité et son agilité dispose assurément de tous les éléments pour mener pareille réflexion et pareil changement. Sa force de communication toucherait également une clientèle jeune, forcément concernée par les équilibres économiques et environnementaux de demain.

Pierre Proneuve

A relire : Ryanair : un changement de modèle est-il possible ? (1ère partie)

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