Quand les parcs de loisirs misent sur les MICE

La France est la première destination européenne en matière de sites de loisirs, avec 600 parcs accueillant 70 millions de visiteurs par an pour un chiffre d’affaires de 2,3 Mds € (dont plus de la moitié pour Disneyland Paris). Pour se maintenir, être compétitif dans ce contexte concurrentiel et fidéliser ses clientèles (favoriser la revisite), les parcs de loisirs sont contraints à investir en permanence (entre 300 et 400 M€ chaque année), proposant à chaque saison de nouvelles attractions, animations, toujours plus innovantes.

Aussi, les parcs de moindre envergure peinent à maintenir leur rentabilité, surtout face aux poids lourds du secteur dont le nombre de visiteurs se compte en millions, voire en dizaine de millions pour Disneyland Paris, et les investissements sont conséquents (cf en fin d’article).

Dans ce même objectif de rentabilité et de compétitivité, une cible les intéresse tout particulièrement : les clientèles de groupes affaires ou MICE. Les parcs de loisirs peuvent constituer des destinations MICE par excellence de par leur offre intégrée complète, incluant des espaces évènementiel /congrès, des hébergements, de la restauration, ainsi que des animations in situ, dans un cadre dépaysant et original.

Le secteur des MICE produit en France plus de 8 Milliards d’€uros (retombées économiques directes et indirectes du secteur sur la location d’espaces, l’hôtellerie, la restauration,… liées aux dépenses des entreprises françaises et étrangères implantées en France — estimations annuelles par Coach Omnium), soit environ 1/6ème des recettes touristiques globales du pays. 

Et les tendances de la demande sur ce marché cadrent bien avec cette offre : la motivation des collaborateurs fait partie des premiers motifs de réunions professionnelles. Les entreprises recherchent assez souvent des lieux originaux dans la mesure où ce sont essentiellement les manifestations ayant un caractère un peu exceptionnel qui sont organisées à l’extérieur des locaux de l’entreprise, ces dernières se dotant de plus en plus d’espaces de réunions en interne. L’évènementiel et l’incentive, boudés durant ces dernières années, tendent à repartir à la hausse. Les durées des manifestations et parallèlement les distances/temps de transports ne cessent de se réduire depuis une dizaine d’années, situation qui incite les entreprises à privilégier l’unité de lieux. Enfin, le contexte sécuritaire conduit les entreprises à favoriser des destinations « safe » et notamment françaises.

Cette cible des MICE présente de nombreux avantages pour les parcs de loisirs : elle est complémentaire aux clientèles de loisirs qui tendent à se concentrer sur les périodes de congés scolaires et de WE ; elle est rémunératrice (les budgets des forfaits séminaires dépassent fréquemment les 250 € par participant) ; elle est prescriptrice et peut potentiellement être intéressée à revenir dans un contexte de loisirs.

De nombreux parcs de loisirs se sont donc orientés sur ce marché, proposant des offres et formules adaptées, des espaces et équipes dédiés. 

Une offre MICE pouvant être très professionnelle

Les espaces dédiés sont très hétérogènes d’un parc à l’autre avec des offres plus ou moins étoffées et professionnalisées.

Par exemple, Walibi propose une salle polyvalente de 300 places annexée à l’entrée du parc et pas d’hôtel, Nigloland met en avant des espaces au sein du parc, ainsi qu’une salle polyvalente de 300 m2 à l’hôtel des Pirates (30 chambres), le Marineland d’Antibes vient d’inaugurer en septembre 2018 le Lagoon Center, face au lagon des dauphins, d’une superficie de 170 m2 modulable en 3 salles de réunions, Vulcania met à disposition des entreprises 2 amphithéâtres de 300 et 700 m2 tout équipés, ainsi qu’une salle modulable de 200 m2 et dispose d’un site internet et de formules dédiés.

On pourrait également évoquer Center Parcs qui, dès le début, a misé sur cette clientèle et s’est doté de centres de conventions au sein de ses domaines à l’image du Center Parcs Lac d’Ailette, dont le centre de conventions couvre plus de 2.000 m2.

Sur ce marché, les leaders restent les mêmes :

  • Le Puy du Fou avec son entité Puy du Fou congrès créée en 2008. Il compte une dizaine de salles réparties sur le parc et dans les hôtels dont le Grand Carrousel (2.200 m2), 4 hôtels de 100 chambres et la possibilité de privatiser des spectacles et de profiter d’animations sur mesure : visite des coulisses, feu d’artifices, participation au quotidien des soigneurs d’animaux,….
  • Le Futuroscope : 5 salles non dédiées au sein du parc (attractions converties), mais présence d’un Palais des congrès à 350 m de l’entrée du Futuroscope, qui compte 3 amphithéâtres, 17 salles de sous-commissions, 2.600 m2 d’espace d’exposition. En outre, l’offre en hôtels est très abondante avec 10 établissements dans un rayon de 10 min à pied. Là encore, de nombreuses animations/activités sont proposées au sein du parc.
  • Le parc Astérix et son service Conventions & Séminaires créé en 2011. Il a ouvert un centre de conventions à l’Hôtel des 3 Hiboux en 2017, comprenant 8 salles dont plusieurs modulables et escompte développer encore son offre de conventions/séminaires. De nombreuses activités de team building et d’autres animations sont proposées et le parc est actuellement doté de 2 hôtels de 150 chambres.
  • Disneyland Paris, 1ère destination MICE intégrée d’Europe, avec plus de 850 évènements organisés chaque année. Le département Disney Business Solutions a été créé en 1992 à l’ouverture du parc. Le site possède notamment 2 centres de conventions dans les hôtels New York et Newport Bay Club, une Arena de 7.200 m2 et un Dôme de 2.300 m2, ainsi que 7 hôtels pour 4.000 chambres (cf. encadré ci-contre).

Tous les parcs ne sont donc pas logés à la même enseigne en termes d’offre MICE in situ, mais aussi d’image. Si les parcs de loisirs renvoient globalement à une même perception d’amusement, de convivialité, de dépaysement et d’environnement ludique, tous ne reflètent pas le même positionnement en fonction de leur thématique, de leur réputation, de leur succès,… Le choix du site participe à la symbolique et à l’importance que l’entreprise souhaite véhiculer à travers son évènement, puissant outil de communication pour ces dernières.

Néanmoins, quel que soit le parc, l’image récréative et familiale peut être délicate à vendre sur un marché professionnel et implique des contraintes en termes de ciblage de clientèles, de typologie et de contenu de manifestations. Selon les messages du moment à faire passer (d’austérité, par exemple) ou la situation de l’entreprise, il peut être délicat d’opter pour un parc de loisirs.

D’ailleurs, notre étude MICE que Coach Omnium réalise tous les ans depuis 1992, montre bien qu’il peut exister des hésitations pour le choix des parcs à thème et de loisirs : en 2005, 24 % des organisateurs de manifestations déclaraient opter pour ces types d’infrastructures, contre 6 % en 2017. Plus globalement, les parcs de loisirs sont logiquement privilégiés dans le cadre d’évènements comprenant un volet incentive, récompense/team building, festif.

Parmi les autres difficultés auxquelles peuvent être confrontées les parcs de loisirs, notons :

la localisation et l’accessibilité. Si Disneyland Paris et le Futuroscope disposent de gares TGV et d’accès autoroutiers directs, le Puy du Fou ou Nigloland, par exemple, ne sont accessibles que par départementales et distantes de toute grande agglomération.

le prix est un autre marqueur et constitue, avec l’accessibilité/localisation, la première motivation des organisateurs de manifestations professionnelles dans le choix d’un site. A ce titre, Disneyland Paris est plutôt élitiste.

le manque d’hébergement peut-être limitatif, sachant que les entreprises se tournent plus volontiers vers des parcs de loisirs dans le cadre de séminaires résidentiels.

la qualité de la restauration occupe une place importante dans les séminaires en France ; or, la restauration grand public proposée sur les parcs de loisirs ne se montre pas toujours à la hauteur des exigences des professionnels.

l’organisation est un autre aspect essentiel dont il faut tenir compte. Si certains parcs sont dotés d’une entité dédiée au tourisme d’affaires, ce n’est pas le cas de tous. Et même ceux qui en ont, sont contraints par le fonctionnement du site et par des équipements qui n’ont pas été prévus, à la base, pour des clientèles d’affaires.

Si l’intérêt des parcs de loisirs à viser le secteur MICE est indéniable et que ces derniers sont parfaitement légitimes sur ce marché, il n’est pas pour autant aisé à développer. Et là encore, ils doivent faire preuve d’innovation, de renouvellement, de force commerciale pour rester compétitif, faire face à la concurrence et fidéliser leurs clientèles. A ce jeu, tous n’ont pas les mêmes armes.

Perrine Edelman – COACH OMNIUM

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Investissements des 4 principaux parcs de loisirs français

Le Futuroscope (1,8 million de visiteurs) propose de nouveaux films à chaque saison : l’Extraordinaire Voyage en 2017, Sébastien Loeb Racing Xperience (simulateur), Dans les Yeux de Thomas Pesquet (et rénovation du Kinémax), le Fils de Bigfoot Studio 16 en 2018. En 2019, une nouvelle attraction à sensation forte (grand huit) est au programme en lieu et place de Solido pour un investissement de 22 millions d’€uros. Le plan de développement stratégique 2020-2025 vise la création d’une nouvelle attraction tous les ans (au lieu de tous les 2 ans actuellement), ainsi qu’un projet de 2ème parc (plus petit et avec une identité propre visant plus spécifiquement les familles avec de jeunes enfants).

Le Parc Astérix (plus de 2 millions de visiteurs) développe, de même, de nouvelles offres à chaque saison avec notamment l’inauguration d’un nouvel hôtel de 150 chambres en 2018 (La Cité Suspendue), une nouvelle attraction 4D « Attention Menhir ! » en 2019, l’ouverture d’un 3ème hôtel les Quais de Lutèce de 150 clés en 2020 et potentiellement un projet de 4ème hôtel à l’horizon 2024.

Le Puy du Fou (plus de 2 millions de visiteurs) réinvestit chaque année un tiers à un quart de son chiffre d’affaires, présentant à chaque saison de nouveaux spectacles : le Grand Carillon en 2017, le Mystère de la Pérouse en 2018, le Premier Royaume en 2019, ainsi que le développement de son offre hôtelière (déjà 4 hôtels de 100 clés et un cinquième en projet à l’horizon 2021-2022).

Disneyland Paris (15 millions de visiteurs) établit chaque année un programme de rénovation et de nouvelles animations : reconduction et rallongement du festival food & wine au parc Walt Disney Studios, nouveau film au Discovery Theater, programme d’animations de 90 jours « Mickey Mouse 90 Party », soirée dédiée au jazz « Disney loves jazz » sur la scène de Moteurs…  ainsi que la rénovation du Phantom Manor en 2018. D’ici à 2020, sont prévus la restauration de Ratatouille et de la Tour de la Terreur, ainsi que du Disneyland Hotel. Un plan d’investissement de 2Mds d’€uros a été annoncé en février 2018 visant la refonte et l’agrandissement du parc Walt Disney Studios avec 3 nouvelles zones (Marvel, Star Wars et la Reine des Neiges) autour d’un nouveau lac.

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L’offre Disneyland Business Solutions

  • Sur demande et sur devis, les espaces peuvent être équipés de vestiaires, kit d’accueil, téléphone, ordinateur portable, téléviseur, lecteur DVD, pupitre et scène.
  • Les espaces bénéficient d’une couverture Wifi 2.0 capable de supporter la connexion de 250 à 10.000 utilisateurs en simultanée. Le site propose une offre « Wifi Premium » permettant de personnaliser l’accès Wifi grâce à la personnalisation du portail de connexion et de la page d’accueil (8.750 € HT pour + de 100 participants).
  • Une application ConnexMe disponible sur smartphone, tablette et ordinateur permet l’organisation d’événements 2.0 : consultation du programme, des plans des lieux, liste des invités/participants, envois de messages privés, planification de rendez-vous et envois de notifications push pendant l’événement.
  • Disney Business Solution propose notamment :
    • des activités d’équipe pour un nombre de participants allant jusqu’à 1.000 personnes et plus, articulées autour des thématiques cinéma, sport, gastronomie et musique (exemple : escape game, chasse au trésor, fun golf, casino des vins, ou encore rythms and voices).
    • des solutions de motivation : cadeaux d’entreprise, chèque-cadeau, séjour VIP.
    • des meetcentives : courts ateliers de cohésion d’équipe sans quitter la salle de séminaires autour des thématiques de la musique et de la danse.
    • des interventions d’experts Disney au cours de la réunion qui peuvent exposer des cas d’études Disney afin d’élaborer un recueil de best practices ou bien réfléchir à une proposition personnalisée en lien avec les problématiques de l’entreprise. Par exemple: « creative process & innovation », « urbanisme et immobilier », « qualité client et opérationnelle ».
    • l’organisation de soirées autour des thématiques Disney, jeux, cinéma, musique, spectacle et voyage, et de privatiser tout ou partie des Parcs Disneyland® et Walt Diney Studios®.

 

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