Patriotisme économique ou discrimination ?

On n’admet plus, en général, que les choix politiques, économiques ou autres se fassent essentiellement sur la base de critères comme la nationalité. Et pourtant…

A juste titre, les pouvoirs publics se sont imposés comme règle de traiter avec tous sur une base égale, et dans de nombreux domaines, comme le logement ou l’engagement de personnel, la loi réprime ceux qui pratiquent une discrimination, dans le choix du locataire ou de leurs employés par exemple, notamment sur la base de la nationalité.

Ces règles s’opposent à l’argument classique de l’extrême droite, qui leur préfère cette absurdité qu’est la « préférence nationale », qui est une conception archaïque suivant laquelle il faudrait préférer une personne plutôt qu’une autre, simplement parce que la première est née au même endroit que vous ou du moins sur un territoire contrôlé par le même pouvoir.

Pourtant, dès qu’on arrive dans le domaine économique, ces vieilles conceptions nationalistes, que l’on baptise alors de  » patriotiques », sans que cela change quoi que ce soit au contenu de la notion, réapparaissent de manière bien étrange, y compris chez ceux qui, habituellement, sont, à juste titre, les plus grands défenseurs des règles de non-discrimination.

« Croit-on vraiment qu’une société est mieux gérée parce qu’elle est soumise à des règles déterminées à Namur plutôt qu’à Paris ou à New York ? »

C’est ainsi que l’on a vu, tout récemment, une vague convergente de commentaires acerbes à propos de la décision des actionnaires de Lampiris, de céder leurs participations au groupe français Total. On les a prestement accusés de « vendre l’âme » de leur entreprise à l’étranger.

Ces critiques sont émises par des personnes qui se comportent comme s’ils étaient des propriétaires de l’entreprise, à qui on enlève quelque chose, comme si les sociétés appartenaient à l’ensemble de la population.

On cherche vainement un motif sérieux à de telles critiques. Croit-on vraiment que l’entreprise sera moins bien dirigée parce qu’elle l’est par des personnes choisies, en définitive, par des actionnaires étrangers ? Il n’est même pas dit que les dirigeants actuels cesseront d’exercer leurs fonctions, et, a priori, on voit mal pourquoi ils seraient meilleurs que ceux qui seraient appelés à leur succéder, simplement parce qu’ils sont belges.

D’aucuns ont émis la critique que la société ne paierait plus d’impôt en Belgique. C’est évidemment faux puisqu’une société paie ses impôts à l’endroit où elle exerce son activité, et non dans le pays où se trouve son actionnaire final. Quand bien même cela aurait été vrai, personne n’a le droit d’exiger qu’une société demeure dans un pays plutôt qu’un autre, et le choix de son implantation se fait évidemment, entre autres, en fonction de la charge fiscale qu’elle doit subir.

On a également dit qu’il est dommage que des sièges de direction quittent la Belgique, comme ce fut déjà le cas de nombreuses entreprises dans le passé : Electrabel, Delhaize, ou de nombreuses autres. Cette situation, due au fait que la Belgique est un petit pays, souvent peu attractif sur le plan financier, n’a toutefois pas beaucoup d’importance pour ses habitants : ce n’est pas parce que les décisions se prennent dans un conseil d’administration réuni à Liège ou à Bruxelles, plutôt qu’à Paris, que ces décisions, dictées logiquement par l’intérêt du groupe, seront plus ou moins favorables aux habitants de la région où se trouve ce siège.

Tout se ramène dès lors à une minuscule question de bannière : certains semblent être vexés parce qu’une société ne sera plus contrôlée par des personnes qui ont la même nationalité qu’eux, et sera moins soumise à la souveraineté de l’Etat où ils vivent. Croit-on vraiment qu’une société est mieux gérée parce qu’elle est soumise à des règles déterminées à Namur plutôt qu’à Paris ou à New York ? La question n’a guère d’importance, puisque toutes les lois qui s’appliquent à son activité opérationnelle sont toujours celles du territoire où elle travaille, et il est par ailleurs douteux que celles applicables en Wallonie ou en Belgique, soient meilleures que celles en vigueur dans d’autres pays.

C’est le même esprit de discrimination que l’on retrouve lorsqu’on invite, comme l’ont fait certains politiciens wallons, à « acheter wallon » ou encore à « acheter belge ». Chacun fait évidemment ses choix en toute liberté, mais s’il les fait seulement en fonction de leur lieu de fabrication, on ne peut contester que ce choix est discriminatoire, parce qu’il n’a aucun rapport avec les qualités objectives du produit acheté, ni avec son prix.

Tant mieux pour le libre-échange, qui est un des éléments de la liberté.

 

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