Ne plus prendre l’avion, vraiment ?

Alors que ce vendredi 15 mars va voir de nombreuses villes, chez nous et dans le monde, se mobiliser pour le climat, un slogan va à nouveau nous interpeller : celui « d’arrêter de prendre l’avion ! »…

A la suite de la mouvance tracée par la petite suédoise Greta Thunberg, une idée a fait son petit bonhomme de chemin (terrestre): celle d’arrêter de prendre l’avion… Car celui-ci est accusé de tous les maux : pollution, émission de GES (gaz à effet de serre) et accessoirement bruit.

C’est vrai. Mais l’avion, ce n’est (d’après de nombreuses sources) qu’entre 3 % et 8% de la pollution mondiale. Quant aux GES, les fameux grammes (ou kilos) de CO2 émis par les passagers, ils sont certes plus élevés que tout autre transport… bien que la voiture affiche un bilan en toutes proportions comparable ! Dès lors, limiter le secteur aérien et clouer de plus en plus d’avions au sol ne serait qu’une fausse bonne idée…

Pour résumer et faire court…

Les chiffres que nous avons étudiés permettent de mettre l’avion au même niveau que la voiture. A savoir, un avion rempli de passagers contre autant de voitures qui roulent, eh bien, c’est kif-kif bourricot (250 g de CO2/pers/km)!

Et attention : nulle envie de lancer des batailles de chiffres stériles ou de la jouer ‘anti’ pour le plaisir et de ne pas nous sentier interpellés par les enjeux du climat. Et bravo pour ces élèves qui manifestent et quittent leurs écrans et leur égo pour une noble cause.

Mais à mon avis, les enjeux sont ailleurs. Car si votre serviteur cumule 2 voire 3 tours du monde/an en avion (merci google maps timeline), je me suis senti très interpellé par ce slogan d’arrêter de prendre l’avion. Et à mon humble avis, cette idée ne marchera pas. Et volera encore moins. Pourquoi ?

Explications

Qu’on le veuille ou non, le secteur aérien (679 millions de pax en 2018 sur plus d’1,4 milliard de voyageurs dans le monde -avec deux ans d’avance sur les prévisions-) fait partie de l’industrie touristique (laquelle compte pour 10% du PIB de l’économie mondiale!). Un secteur qui ne va faire que croître dans les années à venir avec davantage d’avions dans le ciel et de passagers, d’aéroports, d’infrastructures et de services aéroportuaires.

Même si je suis entièrement d’accord de limiter la construction de nouveaux petits aéroports, comme celui de Notre-Dame des Landes (projet abandonné après une année de batailles -juridiques et au sens propre-), il faut être conscient que des avions, il y en aura de plus en plus dans le ciel, qu’on le veuille ou non. Et vouloir limiter la croissance de ce secteur est la même fausse bonne idée que celle de limiter le commerce, le monde des croisières (un autre grand débat !) ou le tourisme en général.

De plus, s’en prendre au modèle économique du style lowcost à la Ryanair (que tout le monde aime détester mais qui permet de faire voyager des millions de personnes, dont vous et moi), consiste à s’en prendre à la démocratisation d’un secteur. Laquelle a obligé la concurrence à également baisser ses prix. Ou faut-il comme dans les années 50, 60 ou 70 ne donner la chance qu’aux nantis de voyager en avion ?

A-t-on mesuré également l’impact que produirait l’effondrement du secteur aérien sur l’emploi ici chez nous (BSCA, BRU…) ou là-bas, dans les destinations de vacances qui en vivent comme la Crète, Ténérife, l’île Maurice… ? A-t-on pensé aux populations qui profitent du tourisme (hôtellerie, services, boulots, artisanat…), lesquelles subsistent grâce aux voyageurs, notamment de masse (appelons-le comme ça et dont je fais comme vous également partie…).

Ceci dit, l’idée de limiter les sauts de puce en avion existe depuis quelques années

Les vols sur des courts trajets ont déjà été supprimés depuis pas mal de temps. Par exemple, Paris CDG avec Air France, à moins de 300 km de Bruxelles pour un vol international, voit les voyageurs embarquer à… ZYR (Bruxelles-midi). Et ça c’est une victoire du bon sens. L’état néerlandais va bientôt inviter KLM à mettre un terme à ses 5 vols quotidiens entre BRU et AMS…

Même si ces avions qui alimentaient le hub étaient de petite taille. Car oui, dans ce cas, vive le train ou l’autocar, aussi rapide et moins polluant !

Mais me taper Séville, Malaga ou Palerme en autocar ou en train (ne parlons même pas de TGV)…? Nenni valet ! Et ne parlons même pas des voyages intercontinentaux.

Et taxer le kérosène ? Oui, pourquoi pas… Mais au pays de la rage taxatoire, venir avec une nouvelle taxe éveille toujours la méfiance. A quoi va-t-elle servir ? A renflouer quelles caisses ? A payer quelle dette ? A l’ajouter aux accises qui frappent déjà depuis bien longtemps les utilisateurs et les carburants de tous les jours ?

Ou bien est-ce juste pour conscientiser le secteur aérien et sous-entendre qu’il est trop gourmand puis passer à autre chose ? Un grand débat. Pourtant, je ne suis pas contre une telle (petite) taxe qui ne devrait, d’après les experts, ne grever le prix du billet que de quelques euros à peine…

Par contre, oui pour une compensation carbone

Oui, celle-là devrait être obligatoire ou automatique ! On sait à quoi elle sert (déjà) ici et là: planter des arbres, creuser des puits, aider des ONG ou des communautés lointaines à lutter contre les défis du réchauffement, à l’agriculture, etc. Petite question entre nous: qui a déjà cliqué sur l’onglet pour ajouter quelques euros pour compenser son empreinte CO2 ?

Hélas, je crois connaître la réponse, très peu d’entre nous. En ce qui me concerne, je ne l’ai fait qu’une seule fois. Mais petit à petit, qui sait, l’idée va faire son chemin. Promis, je le ferai à nouveau et j’en prendrai l’habitude.

Donc, prenons l’avion, oui ! Et accessoirement, limitons également notre empreinte dans nos gestes quotidiens, limitons nos achats lointains sur internet et notre consommation hors-saison… Et surtout, pensons-compensons « carbone » en achetant nos billets quelques euros plus cher.

Le débat est ouvert et affaire à suivre… On attend vos réactions !

Lunatix

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Commentaires

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1 COMMENTAIRE

  1. Il est grand temps de limiter les déplacements aériens pour des distances de moins de 1.000 kms
    Je trouve cela inacceptable que KLM fasse encore 5 vols quotidiens entre AMS et BRU…

    Même pour Bruxelles Genève, par exemple, le TGV est bien mieux: quasi aussi rapide, mais moins polluant.

    Et je suis un grand partisan de la levée d’accises sur le kérosène, pour autant que cela les accises soient réduites sur le carburant routier, pour M et Mme tout le monde. Et encore plus réduit pour les autocars et même les camions (car 3 tracteurs semi-remorquent polluent moins qu’un A320 cargo de DHL et transportent autant!!!)

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