La leçon d’hypnose du patron de Facebook

À moins de vivre sur une île déserte, il est difficile de ne pas se rendre compte que les Google, Apple, Facebook et autre Amazon ne sont pas au top de leur forme en ce moment. La Bourse ne s’y est pas trompée et leurs actions sont toutes en baisse.

Voilà des entreprises digitales qui transformaient en or toutes les activités dans lesquelles elles se lançaient. Mais depuis plusieurs mois, les médias parlent plus de leurs échecs, de leurs déboires que de leurs succès. Google est très souvent critiqué pour son quasi-monopole sur le marché de la publicité digitale.

Apple est critiquée pour avoir diminué volontairement la durée de vie de ses iPhone afin d’accélérer leur remplacement. Facebook, n’en parlons même pas, est accusée de manipuler l’opinion publique. Et Amazon est critiquée pour avoir assassiné des milliers de petits commerces et même de grandes enseignes de distribution. Quant à Uber, le fait qu’une de ses voitures sans chauffeur ait tué un cycliste n’a pas redoré son image.

Vu comme cela, il serait tentant de se dire qu’enfin le législateur va jouer son rôle et réglementer ou démanteler toute cette nouvelle économie digitale. Eh bien, pas du tout. L’exemple de Facebook est d’ailleurs là pour le démontrer. Que s’est-il passé la semaine dernière ? Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, a été auditionné par le Congrès américain pendant deux jours. Et au bout de 600 questions, que s’est-il passé ? Rien ou presque ! C’était surtout un show pour le grand public, une démonstration que la démocratie américaine fonctionne bien.

En réalité, il est probable que peu de choses changeront. Pourquoi ? Parce que Mark Zuckerberg a bien joué sa partition ! Il a répété que son réseau social n’avait qu’une seule ambition, sociale, celle de connecter les gens entre eux. Les députés US auraient pu lui rétorquer « mon oeil », car ce qu’a mis en place Facebook, c’est un capitalisme de surveillance. Facebook n’est pas dans l’altruisme et gagne son argent en surveillant nos faits, gestes et pensées.

Ensuite, Mark Zuckerberg a enfoncé le clou « social » en rappelant que Facebook a permis de récolter 20 millions de dollars pour diminuer la douleur des ravages de la tornade Harvey. Il a aussi rappelé que 70 millions de PME font du business grâce à Facebook. Et pour éviter que les députés américains ne légifèrent trop lourdement, le patron de Facebook a répété plusieurs fois qu’il était le seul responsable des dérapages, et qu’il assumait les erreurs. En filigrane, ce qu’il voulait faire passer comme message aux élus américains, c’est laissez-moi réparer mes erreurs tout seul, comme un grand. C’est la version digitale du « fais-moi confiance » du serpent Kaa du Livre de la Jungle.

« Le capitalisme de surveillance a encore de beaux jours devant lui… »

La ficelle est trop grosse à avaler ? Pas du tout. Les députés et sénateurs américains n’iront jamais trop loin dans l’attaque contre les GAFA. Pourquoi ? D’abord, parce que ces GAFA contribuent financièrement à leurs dépenses électorales.

Ensuite, parce que les GAFA sont le nouvel impérialisme digital des États-Unis et ils ne vont pas tuer de sang-froid des champions américains. Et enfin, parce que les concurrents chinois de Google ou de Facebook ne subissent, eux, aucune réglementation de leur gouvernement : ils sont même au service du parti communiste chinois. Peut-on imaginer de déforcer les GAFA américains au profit des concurrents chinois ? Poser la question, c’est déjà y répondre.

Pour toutes ces raisons, je pense que le scandale Facebook a surtout permis au grand public de comprendre comment fonctionne le premier réseau social mondial. Mais le capitalisme de surveillance a encore de beaux jours devant lui car Facebook, c’est 2,1 milliards d’usagers. C’est de loin la première religion au monde. Même si un million de fidèles devaient couper leur compte Facebook, cela ferait à peine 0,05% du total des adeptes. À l’inverse de Trump, qui est là pour maximum 6 ans, l’Église Facebook a un prêtre âgé d’à peine 33 ans. Vu l’espérance de vie des hommes, nous en avons encore pour 60 ans de Facebook.

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