Guide touristique, profession d’avenir ou pas?

Devant la multiplication des « tours gratuits » à Bruxelles, les guides touristiques professionnels ne sont pas contents, et le font savoir. A quand une vraie reconnaissance de leur métier qui, lui aussi, est en train de « s’ubériser » ?

Dans la capitale, VisitBrussels, l’organisme officiel de promotion du tourisme, propose aux groupes des visites guidées classiques des incontournables de Bruxelles, de la Grand-Place au musée Magritte en passant par le patrimoine de l’architecture classique ou les immeubles Horta, à pied, en Segway, en tram, à bord d’une 2CV ou sur un vélo électrique, etc.

Le prix moyen varie en fonction du type de visite : de 10 à 15 € pour une visite à pied, d’une durée de 2h30 à 4 heures, 25 € à vélo et 32 € en bus. Combinée avec une dégustation ou la visite d’un musée, compter une quarantaine d’euros.

Mais il existe aussi l’Association de Guides pour Bruxelles et la Belgique, fondée en 1969, qui compte 47 guides, porteurs d’un « diplôme reconnu de guide touristique ». La Fédération wallonne en compte une trentaine. On compte toutes sortes de guides : le Commissariat général au Tourisme de la Wallonie n’en distingue pas moins de sept catégories, depuis le guide conférencier, titulaire d’un diplôme universitaire, jusqu’au guide « découverte de la nature » en passant par le guide accompagnateur de randonnée. A Bruxelles, compter 19 € l’heure pour un guide francophone privé.

Des études homologuées, mais pas la profession

Tous ces métiers font l’objet d’études homologuées par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Problème : l’accès à la profession, qui n’est elle-même n’est pas réglementée, n’existe pas. A l’inverse de celle des géomètres experts ou des architectes, par exemple, voire même des psychologues — bien que la législation protège le port du titre, mais non l’exercice de cette profession…

N’importe qui peut donc, en Belgique, s’autoproclamer guide de tourisme, comme n’importe qui peut s’intituler garagiste : c’est la loi du marché.

En France, en revanche, le métier de guide est sévèrement réglementé et subordonné à la réussite d’études difficiles, de niveau universitaire, comme l’école dite du Louvre, véritable — et seul ? — creuset de l’élite de la profession.

Les privilèges de la République

Feu Florent Dillie, qui dirigea Frantour et fut l’un des premiers collaborateurs de PagTour, se plaisait à rappeler qu’il était le seul Belge à en être issu. Et de préciser qu’en France, n’importe quel policier a le droit de monter à bord d’un car pour vérifier la qualité du « guide ». Si celui-ci n’est pas porteur de la carte officielle — ce qui est le cas de la plupart des « accompagnateurs »… — il doit laisser la place à un guide agréé pour commenter la traversée de Paris ou la route des châteaux de la Loire, quitte à immobiliser le car jusqu’à l’arrivée d’un guide agréé : la République égalitaire reste jalouse de ses privilèges !

Cette disposition particulière demeure également en vigueur dans certains pays qui ont adopté la « méthode » française, comme la Grèce — probablement sous l’influence de l’Ecole française d’Athènes, longtemps à la pointe de la recherche archéologique — ou le Maroc.

Un tourisme vraiment « collaboratif »

Mais pour combien de temps ? Il est clair que la profession de guide touristique doit prendre en compte, aujourd’hui, l’évolution des modes de consommation touristique. Or, la demande en « produits culturels » est incontestablement en hausse. Et comme rien ne vous interdit de faire visiter le château du village à votre cousin de passage, les « greeters » seraient de plus en plus nombreux.

Ces personnes, connaissant bien leur ville et disposant de temps libre, proposent gratuitement (le plus souvent) leurs services aux touristes afin de leur faire découvrir leur ville ou leur région comme un indigène. Pour le simple plaisir de partager leur propre expérience, mais aussi de « rencontrer l’autre » et de s’enrichir eux-mêmes de leur contact. Comment s’indigner d’initiatives aussi sympathiques et généreuses, qui ressortissent réellement cette fois, du tourisme « collaboratif » ?

Certains de ces « greeters » se sont regroupés sur FindMyGuides, une plateforme de tourisme collaboratif qui propose des tours personnalisés dans plus de 40 pays en compagnie d’un local. Différente d’une simple visite classique avec un guide touristique, elle propose de partager les visites d’une manière authentique et originale à travers l’expérience d’un « local », 100% privé, sur un itinéraire personnalisé en fonction des attentes des internautes.

Des compétences à valoriser

Le tourisme évolue, le métier de guide doit évoluer aussi. Certes, le recours à un « vrai » guide professionnel est, en principe, une garantie de sérieux : l’assurance qu’il ne se mélangera pas les pinceaux dans les dates ou les généalogies. Mais est-ce le plus important ? Le ressenti d’une visite guidée tient surtout à une présentation dynamique et enjouée, à la gestion de l’itinéraire et du groupe, s’il en est un.

C’est aux professionnels qu’il revient de mieux se faire connaître — le site de l’Association des guides pour Bruxelles et Belgique est une vraie horreur ! — en valorisant leurs compétences et leurs atouts, plutôt que de geindre sur leur triste sort en réclamant on ne sait quel traitement de faveur.

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