Airbus freiné en Iran par les Républicains du Congrès US

Les « Républicains » américains mettent aussi des bâtons dans les roues à Airbus. Avant d’être visé par une enquête criminelle (lire : http://pagtour.info/archives/4100), Airbus était déjà dans la tourmente, puisque les États-Unis risquent de lui empêcher d’accéder au marché iranien.

Ouverture et gros contrat à la clé

Suite à l’accord sur le nucléaire iranien en 2015, une partie des sanctions contre le pays ont été levées. Ceci a permis à Airbus et Boeing de conclure en début d’année des ventes avec l’Iran, qui souhaite renouveler sa flotte d’appareils commerciaux. En janvier dernier, le président Rohani signait un protocole d’accord pour l’achat de 118 Airbus, pour une valeur de 25 milliards de dollars. Boeing, de son côté, a signé en juin dernier un accord d’une valeur de 17 milliards de dollars pour l’achat de 100 appareils.

Etant donné que les Etats-Unis interdisent encore toutes les transactions en dollar avec l’Iran et veillent scrupuleusement à sanctionner les sociétés qui violent l’embargo américain, les deux avionneurs doivent attendre l’agrément du Trésor américain pour finaliser la transaction. Si on voit bien en quoi cela concerne Boeing, c’est moins évident avec Airbus. Et pourtant … L’avionneur européen est lui aussi concerné, puisque 10% des composants des avions Airbus sont d’origine américaine.

C’est l’Office pour le contrôle des avoirs étrangers (OFAC) qui peut délivrer une licence spéciale. Or, le Congrès américain, dominé par les Républicains, interdit à l’OFAC de puiser dans les fonds publics pour effectuer les investigations nécessaires à l’octroi de cette licence.

Les Républicains américains font barrage

Ce « méga contrat » n’est pas du goût de certains députés américains du parti républicain qui s’étaient déjà érigés contre l’accord sur le nucléaire. Peter Roskam, élu de l’Illinois à l’origine de ces mesures, justifie cette offensive par le fait que Téhéran continue, selon lui, de soutenir des groupes djihadistes à travers le monde. « Si vous ne voulez pas faire des affaires avec l’Etat islamique (EI), vous ne devriez pas en faire avec la République islamique », écrivait-il en avril dans une tribune parue dans le Wall Street Journal.

Loin de nous l’idée de faire passer l’Iran pour le pays des droits de l’Homme, M. Roskam saura qu’associer l’Iran (chiite), allié d’el-Assad, à l’Etat islamique (sunnite), un de ses plus farouches adversaires, illustre déjà l’ignorance qui caractérise désormais si bien son parti. Une ignorance qu’on se permettra d’étendre à la sphère économique, puisqu’on voit mal en quoi faire capoter un contrat de 17 et/ou 25 milliards de dollars pour deux entreprises occidentales affaiblira les « groupes djihadistes à travers le monde ».

D’autant que c’est l’Iran qui paie. Boeing et Airbus se contentent de leur livrer des avions. Il y a donc peu de risques que cela contribue à financer le terrorisme … Conclure ce contrat permettra tout au plus à l’Iran de s’ouvrir un peu plus au monde et de donner du travail aux employés d’Iran Air, quand bien même les hôtesses de l’air fussent recouvertes d’un voile … Et bien sûr, de faire tourner la boutique pour les deux avionneurs et leurs salariés.

Deux poids deux mesures

Seulement voilà, les Etats-Unis semblent plus enclins à embêter Airbus pour favoriser Boeing… Dans les cabinets d’avocats et les banques d’affaires, on accuse les USA de jouer un double jeu. « Le Trésor américain n’a toujours pas donné de réponse à Airbus depuis cinq mois. En bloquant Airbus, il permet à Boeing de refaire son retard ». De plus, nous ne sommes pas à l’abri d’un rétablissement des sanctions si Téhéran ne respecte pas ses obligations sur le nucléaire. Et évidemment, la question se pose aussi avec la prochaine élection présidentielle américaine. Si Donald Trump est élu, Airbus et Boeing ont du souci à se faire. Les choses pourraient en revanche avancer si c’est Hillary Clinton.

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