Le gros point faible du « jour de libération fiscale »

Comme chaque année, c’est en été que vous apprenez quel est votre jour de « libération fiscale et sociale ». En 2016, il est tombé ce 27 juillet. Le calcul, qui est très à la mode, est censé montrer le caractère spoliateur de l’État, mais il n’est pas rigoureux à 100%…

Plusieurs instituts ou sociétés de consulting calculent chaque année le jour où le salarié moyen cesse de travailler pour financer les dépenses publiques. En gros, ce jour de libération fiscale est censé mesurer le jour où l’on cesse de travailler pour l’État et où l’on commence à travailler uniquement pour soi.

Pour la Belgique, nous avons été plusieurs fois champions d’Europe en la matière, c’est-à-dire que nous étions de ceux qui sont libérés le plus tardivement. Mais cette année, grâce à l’application du tax shift mis en place par le gouvernement Michel, nous cédons enfin la première marche du podium aux Français, qui ne seront libérés fiscalement que demain 29 juillet. Quant à nous Belges, nous avons été libérés ce mercredi 27 juillet, d’après les calculs de l’institut Molinari (think tank belgo-français).

La réforme fiscale du gouvernement Michel ne nous a donc pas entièrement libérés fiscalement, puisque nous passons simplement de la première place à la deuxième place du podium. À titre d’exemple, les salariés espagnols ont eu leur jour de libération fiscale le 8 juin dernier, et les Britanniques le 9 mai…

Évidemment, le but de ces calculs est de comparer le fardeau fiscal et social qui pèse sur le salarié moyen des 28 pays membres de l’Union européenne, et ainsi de déterminer le jour de « libération fiscale et sociale » de ces mêmes salariés.

Bien entendu, ces calculs sont contestés. Et pour cause: ce jour de libération fiscale revêt un caractère symbolique très fort, montrant « l’oppression » de l’État » spoliateur » sur le salarié. Mais en réalité, ce n’est pas toujours fiable. Les économistes de gauche lui reprochent également de ne pas tenir compte de ce que l’État redonne, sous forme d’allocations sociales ou familiales par exemple. En clair, ils reprochent à ce calcul du jour de libération fiscale de ne tenir compte que de ce que l’État prend sans tenir compte de ce que l’État redistribue (notion de service).

« Le calcul du « jour de libération fiscale » a au moins le mérite de mettre la pression sur nos gouvernants »

De plus, le raisonnement de ceux qui utilisent ce « jour de libération » à l’aveugle est le suivant: lorsque j’ai fini de « payer pour l’État », je peux enfin utiliser librement mon argent. Mais pour les économistes de gauche, ce raisonnement n’a pas de sens.

Tout propriétaire ayant emprunté pour acheter son logement pourrait également calculer un « jour de libération du prêt bancaire », et tout locataire un « jour de libération du loyer ». Autrement dit, si vous gagnez 2.000 euros par mois et payez 600 euros de loyer, par exemple, vous serez « libéré » le 19 avril. Bref, cela n’a aucun sens selon eux.

Tout cela est en partie vrai, et la vérité oblige à nuancer ce calcul du « jour de libération fiscale ». Mais il faut aussi reconnaître qu’il a au moins un mérite: mettre la pression sur nos gouvernants pour vérifier qu’ils utilisent bien notre argent de la manière la plus efficace possible. Et là, il y a encore du travail à faire !

 

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