Le Turquie se rabat sur ses ressortissants pour faire grimper le tourisme

Mise à mal par les attentats successifs et la tentative de coup d’État, la Turquie a vu les chiffres du tourisme chuter cette année. Les autorités turques cherchent donc à attirer leurs ressortissants pour compenser la baisse de fréquentation. Le président de la Fédération des Hôteliers de Turquie, Osman Ayik, a confirmé l’objectif d’accueillir près de 10 millions de touristes turcs en 2017, « voire au plus tard d’ici un ou deux ans ».

Un mauvais contexte politique

L’attractivité du pays en a beaucoup pâti auprès des Occidentaux qui s’inquiètent d’abord de la situation sécuritaire, mais aussi de la situation politique. Désormais, ce sont les tensions diplomatiques entre la Turquie et l’Europe qui risquent d’affecter le tourisme.

Suite aux refus allemands et néerlandais d’autoriser le Ministre des affaires étrangères à tenir un meeting en faveur du changement de régime politique auprès des ressortissants turcs en Europe, le Président Erdogan a tenu des propos très durs, allant jusqu’à accuser les Européens de « pratiques nazies ».

Le contexte politique influe bien évidemment sur les échanges entre les pays, en ce inclus le tourisme. On se souvient de la forte baisse du tourisme turc lors des tensions avec la Russie, puisque l’embargo décrété avait mis fin à l’arrivée des touristes russes, qui représentent une grande part des visiteurs en Turquie.

Changement de cap

Si les touristes russes et arabes représentent une part de plus en plus importante des arrivées en Turquie depuis plusieurs années, le pays constate aussi un désamour des Occidentaux qui s’est largement concrétisé depuis l’année dernière suite aux multiples attentats et la tentative de coup d’État, qui a été suivie d’un durcissement autoritaire du régime en place. L’image du Président Erdogan est également très négative auprès des Européens.

En revanche, le Président turc jouit d’une popularité plus grande chez les Turcs établis en Europe qu’auprès de ceux vivant en Turquie. Lors des dernières élections, les Turcs de Belgique étaient ainsi environ 60% à apporter leur soutien à Erdogan et son parti islamo-conservateur, l’AKP. On comprend donc que le gouvernement actuel cherche à séduire les millions de voix potentielles hors de ses frontières.

Après « Viens avec ton voisin » … « Viens tout court »

C’est le chef de l’État qui mène la danse. En février, il avait convoqué les représentants du secteur du tourisme dans son palais présidentiel, se déclarant insistant sur « la mise en place de nouvelles stratégies et l’adoption de nouveaux outils pour mieux saisir cette conjoncture favorable » tout en invitant les ressortissants turcs à inviter leurs compatriotes européens en Turquie.

Désormais, la stratégie vise avant tout à inciter les Turcs à revenir passer les vacances dans leur pays d’origine. En 2016, le nombre de touristes turcs ayant logé dans les hôtels en Turquie s’est élevé aux alentours de 5 à 6 millions. Les hôteliers veulent en accueillir 10 millions d’ici un à deux ans.

Évidemment, ce marché représente un certain potentiel, puisqu’il y a plus de 4,5 millions de Turcs en Europe seulement. Mais la majorité d’entre eux séjournent auprès de leur famille ou dans une résidence secondaire lorsqu’ils reviennent en Turquie, ce qui réduit les opportunités pour l’hôtellerie.

En revanche, encourager les Turcs à visiter d’autres villes que la leur pourrait s’avérer être une stratégie payante. Antalya, par exemple, est une ville près de la mer qui bénéficie d’un climat très favorable et surtout d’une accessibilité à partir de 60 pays et environ 300 destinations. « Nous croyons en la possibilité d’un tel potentiel. Nous allons faire le nécessaire pour atteindre ce chiffre », a rajouté Osman Ayik. Ayik a également rappelé qu’au cours de ces dernières années, la Turquie s’est sérieusement investie pour le tourisme d’affaires, qui attire surtout les voyageurs arabes.

Inch’Allah

L’avenir incertain de la Turquie sera décisif sur l’attractivité du pays et les chiffres du tourisme. La stratégie actuelle ne sera en tout cas pas contre-productive, et les agences de voyage européennes pourront en tirer avantage si elle s’avère payante. Mais cela risque de ne pas suffire pour compenser la baisse de popularité de la destination auprès des touristes européens.

Le référendum sur la présidentialisation du régime politique turc devrait se tenir en avril prochain. Si le « oui » l’emporte, il étendra les pouvoir du Président actuel Erdogan et pourra soit apporter plus de stabilité au pays, au prix d’un autoritarisme croissant, soit susciter un rejet encore plus fort de la part de l’opposition – très fragmentée – au risque de générer encore plus de tensions et d’instabilités. L’issue de ce référendum sera donc bien plus déterminante pour l’avenir du tourisme turc que les différentes stratégies de communication mises en place.

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